Lesnae excidium par Comenius

 

Lesnae excidium fide historica narratum

Lesna, Poloniae Majoris urbs, ab annis fere triginta vicinis terris, imo remotis etiam regnis, fama notescere coepit, nunc subito funditus eversa praeter famam nihil sui habet reliquum. Quae res ut a fundamento detegi possit, originem et incrementa oppidi hujus repetamus paucis.

Cum ante annos 700 Poloniae dux Mieczislaus Dambrovkam, Boleslai Bohemiae ducis filiam, duceret uxorem cumque illa Christianam una susciperet fidem, factum est, ut inter additos illi ex nobilitate Bohema comites esset Petrus de Bernstein, quem ob egregias virtutum dotes in Polonia detinere volens Mieczislaus donavit opulentis praediis, quorum caput erat villa Leszczyna (i. e. coryletum) dicta ad ipsissima inferioris Silesiae confinia, duodecim a Vratislavia, quinque a Glogovia, decem a Posnania leucis sita. Ab hac ergo residentia sua Petrus de Bernstein denominationis accipiens more gentis initium cum tota posteritate Leszczynii dicti sunt : ad omnes postea in regno dignitates adeo admissi, ut ex hac familia capitanei, castellani, palatini, mareschalli, cancellarii, episcopi et archiepiscopi nunquam defuerint hunc usque in diem. Sed et ad Romanum imperatorem legationes obeundo ob egregie res gestas comitum imperii titulo ornati fuerunt, quo et hactenus gaudent. Leszczyna vero locus ipse paulatim nomen mutare et per crasin Lessna, Germanis autem vicinis Lissa dici coepit : cui ante aliquot supra centum annos oppidi dignitas et titulus concessa fuere a Sigismundo Augusto rege invitante vicina e Silesia opifices, et sic introductus Germanicae linguae usus. Quantum ad religionem, reformata fuit circa idem tempus per illustrissimum Andream comitem in Leszna, palatinum Brzestensum, secundum ritus confessionis Bohemicae, quem et retinuit hucusque, ecclesiarum ejusdem confessionis per Majorem Poloniam quasi metropolis facta. Cum autem post annum 1620 adversus Evangelicos in Bohemia excitata acerrima persecutio insequuta mox ministrorum et nobilitatis proscriptio refugium in Polonia quaerere coegisset, recepit hos suam sub protectionem piissimus heros dominus Raphael de Lessno, palatinus Belsensis, in asylum illis Lessnam, Vlodavam Baranoviamque assignans.

Le récit historiquement fidèle de la destruction de Leszno

Leszno, ville de Grande-Pologne, avait commencé depuis environ trente ans à se faire connaître par sa renommée dans les contrées voisines, et même dans des royaumes éloignés ; maintenant, soudainement détruite de fond en comble, il ne lui reste plus rien d’elle-même sinon sa réputation. Afin que cette affaire puisse être éclaircie depuis son origine, rappelons brièvement les débuts et le développement de cette ville.

Il y a environ sept cents ans, lorsque le duc de Pologne Mieczislas épousa Dąbrówka, fille de Boleslas, duc de Bohême, et qu’avec elle il embrassa la foi chrétienne, il arriva que parmi les nobles bohêmes qui l’accompagnaient se trouvât Pierre de Bernstein. Désireux de le retenir en Pologne à cause de ses remarquables qualités morales, Mieczislas lui donna de riches domaines, dont le principal était le village appelé Leszczyna (c’est-à-dire « coudraie »), situé aux confins mêmes de la Basse-Silésie, à douze lieues de Wrocław, cinq de Głogów et dix de Poznań.

C’est donc de cette résidence que Pierre de Bernstein, prenant selon l’usage de son peuple un nom dérivé du lieu, fut appelé Leszczyński, ainsi que toute sa descendance. Plus tard, les membres de cette famille furent admis à toutes les dignités du royaume à un tel point que jamais jusqu’à ce jour il n’a manqué parmi eux de capitaines, châtelains, palatins, maréchaux, chanceliers, évêques et archevêques. En outre, pour avoir accompli avec éclat des missions auprès de l’empereur romain germanique, ils furent honorés du titre de comtes d’Empire, titre dont ils jouissent encore aujourd’hui.

Quant au lieu même de Leszczyna, il commença peu à peu à changer de nom et, par contraction, à être appelé Lessna, tandis que les Allemands voisins le nommaient Lissa. Il y a un peu plus de cent ans, le roi Sigismond Auguste lui accorda le rang et le titre de ville, en invitant des artisans venus de la Silésie voisine ; ainsi fut introduit l’usage de la langue allemande.

Pour ce qui concerne la religion, la ville fut réformée à peu près à la même époque par le très illustre comte André de Leszno, palatin de Brześć, selon les rites de la confession bohémienne ; elle les conserva jusqu’à ce jour, devenant en quelque sorte la métropole des églises de cette confession dans toute la Grande-Pologne.

Or, après l’année 1620, lorsqu’une très violente persécution fut déclenchée contre les évangéliques en Bohême et qu’elle fut bientôt suivie de la proscription des ministres du culte et de la noblesse, ceux-ci furent contraints de chercher refuge en Pologne. Le très pieux héros Raphaël de Leszno, palatin de Bełz, les prit alors sous sa protection et leur assigna comme asiles Leszno, Włodawa et Baranów.

Sed cum plerique Lessnae (ob vicinitatem) consedissent et mox e Silesia (ibi quoque animarum carnificina annis 1628 et 1629 mirum in modum incrudescente) major longe fieret confluxus, factum est, ut Lessna multarum platearum accessione in amplissimam excresceret civitatem habentem tria fora, quatuor templa, gymnasium illustre, platearum supra 20, domos mille sexcentas, cives albo inscriptos ad bis mille plebemque adventitiam multam. Exstructum quoque fuit pro Divino cultu Augustanae confessionis ritu peragendo amplissimum templum, cui pastores praefecti tres, viri docti, cum schola vernacula et ludimagistris aliquot : praeter commune gymnasium, cui prorectoris nomine adjunctus fuit ejusdem confessionis vir doctus. Constitutaque inter cives quam optime potuit politia, inventi sunt redituum publicorum elegantes modi, taciti et insensiles, sine cujusquam noxa, ut esset unde annis aliquot sustentatis operariis vallo fossaque sese circummuniret civitas et portae constituerentur muratae pulchreque turritae : et denique curia in medio foro antiquae urbis exstrueretur splendidissima, cui parem (praeterquam Posnaniae) vix habuit Polonia Major. In summa, adeo hic efflorebat civilitas, opificia, mercatura (omnia enim hic emi vendique poterunt), religio, ut amoenitate quadam mirabili civitas haec omnes Poloniae civitates a tergo relinqueret. Quae res ut laetitiae fuit non tantum variis e locis pro evangelio dispersis, hic autem sub umbra Dei collectis, sed et aliis undecunque venientibus piis Christianis, ita evangelii hostes ussit vehementer utque de evertendo hoc piorum asylo nihil machinationum non tentarent, effect : et quidem mox sub initia (anno 1628 et 1629) variis ad regem Sigismundum III. delationibus et calumniis (confluere hic hominum caesari rebellium colluviem, obsistendum esse principiis etc.). Verum quia malitiosis id genus molitionibus prudenter obviam ire sciebat heroica et invidia superans magni senatoris, loci domini, sapientia, in cassum omnes isti tum adhibebantur arietes.

Mais comme la plupart s’établirent à Leszno (en raison de la proximité) et qu’un afflux de population bien plus considérable arriva bientôt de Silésie — où, en 1628 et 1629, le massacre des âmes s’aggravait lui aussi de manière extraordinaire — il advint que Leszno, par l’adjonction de nombreuses rues, devint une très vaste cité, possédant trois places publiques, quatre églises, un célèbre gymnase, plus de vingt rues, mille six cents maisons, près de deux mille citoyens inscrits sur les registres et une grande population étrangère venue s’y établir.

On y construisit également, pour célébrer le culte divin selon le rite de la confession d’Augsbourg, une très vaste église à laquelle furent attachés trois pasteurs, hommes savants, ainsi qu’une école en langue vernaculaire et plusieurs maîtres d’école ; outre le gymnase commun, auquel fut adjoint, sous le titre de prorecteur, un homme savant de cette même confession.

Et, comme une administration municipale aussi bonne que possible avait été établie parmi les citoyens, on trouva d’élégants moyens de revenus publics, discrets et imperceptibles, sans préjudice pour personne ; grâce à eux, après avoir entretenu des ouvriers pendant plusieurs années, la ville put se fortifier d’un rempart et d’un fossé, et l’on érigea des portes maçonnées et magnifiquement flanquées de tours. Enfin, on construisit au milieu de la place de la vieille ville un hôtel de ville d’une splendeur exceptionnelle, auquel la Grande-Pologne entière, hormis Poznań, en avait à peine un comparable.

En somme, la vie civique, les métiers, le commerce — car tout pouvait ici s’acheter et se vendre — ainsi que la religion, y prospéraient à un tel point que cette ville surpassait toutes les villes de Pologne par un charme véritablement admirable.

Cette situation fut une source de joie non seulement pour ceux qui, dispersés de divers lieux à cause de l’Évangile, se trouvaient ici rassemblés sous l’ombre protectrice de Dieu, mais aussi pour les pieux chrétiens venant de partout ; toutefois, elle brûla d’une vive jalousie les ennemis de l’Évangile, au point qu’ils ne négligèrent aucune machination pour renverser cet asile des fidèles. Et cela dès les débuts mêmes (en 1628 et 1629), au moyen de diverses dénonciations et calomnies adressées au roi Sigismond III : on prétendait qu’affluait ici une foule d’hommes rebelles à l’empereur, qu’il fallait s’opposer aux commencements du mal, etc.

Mais comme la sagesse héroïque du grand sénateur, seigneur du lieu, qui triomphait de l’envie, savait prudemment faire face à de telles manœuvres malveillantes, toutes les manœuvres hostiles déployées alors contre la ville furent inutiles.

Sed anno 1635 post enervatos in Germania caesaris armis Svecos ejectosque Silesia, inita fuerunt Glogoviae consilia, ut emissis una et altera legionibus caesareis Lessnae subita fieret invasio ad loci direptionem incolarumque contrucidationem aut dissipationem. Sed quae consilia, quia Deo dirigente per quosdam e medio illorum biduo ante destinatum diem fuere detecta, in fumum ierunt, machinationum tamen fumis non cessantibus. A morte enim illustrissimi palatini Belsensis, cum inter filios haeredes honorum partitione facta, Lesnensis comitatus illustri domino Boguslao (filio natu tertio, tunc a peregrinationibus reverso) cederet, non destiterunt machinatores huic magnae sapientiae et virtutum candidato adeo insidiari, ut honorum pollicitationibus (ad quos non recepta Romano-catholica religione aditus esset nullus) annis aliquot fatigatum ad Romana sacra profitendum tandem pellicerent. Quem ut honoribus mactarent variis (capitaneatum aliquot, mox generalatus Majoris Poloniae, archithesauriatum denique regni), illud tamen quod ex ipsis sperarant, odium in Evangelicos et subditorum dissipationem, impetrare non poterant illo promissas, oblatas firmatasque a sanctae memoriae parente libertates politicas et religiosas Lesznae suae inviolatae servante. Tentaverunt ergo aliud : templum parochiale antiquum reposcere ausus est episcopus Posnaniensis, eo quod antiquae fundationis esset et haereticorum usibus relinqui diutius non posset. Regerebat dominus thesaurarius : ab avo suo (Andrea palatino Brzestensi) hactenus exstructum esse et reditibus auctum templum arci vicinum, ut Catholicis (quorum paucissimos oppidum habuit, vix unquam supra tres quatuorve cives), ubi sacra peragerent sua, non deesset ; major autem civium pars majori frueretur aede. Sed frustra fuit, tametsi parocho illi Romanensi in duplum auxisset salarium.

Mais en l’an 1635, après que les Suédois eurent été affaiblis en Allemagne par les armes de l’empereur et chassés de Silésie, des plans furent arrêtés à Głogów afin que, après l’envoi de deux légions impériales, une attaque soudaine fût menée contre Leszno pour piller la ville et massacrer ou disperser ses habitants. Mais ces projets, parce que Dieu les fit découvrir par certains membres de leur entourage deux jours avant la date prévue, partirent en fumée, bien que les fumées de ces machinations ne cessassent pas pour autant.

En effet, après la mort du très illustre palatin de Belz, lorsque le partage des biens eut été fait entre ses fils héritiers, le comté de Leszno échut à l’illustre seigneur Bogusław (le troisième fils, alors récemment revenu de voyages à l’étranger). Les intrigants ne cessèrent pas de tendre des pièges à cet homme destiné à une grande sagesse et à de hautes vertus, au point qu’après l’avoir harcelé durant plusieurs années par des promesses d’honneurs — auxquels nul accès n’était possible sans embrasser la religion catholique romaine — ils finirent par le séduire et l’amener à professer le culte romain.

Cependant, même en le comblant de diverses dignités (plusieurs capitaineries, puis le généralat de la Grande-Pologne, enfin la charge de grand trésorier du royaume), ils ne purent obtenir de lui ce qu’ils espéraient avant tout : la haine contre les évangéliques et la dispersion de ses sujets. En effet, il respectait inviolablement pour son Leszno les libertés politiques et religieuses promises, offertes et garanties par son père de sainte mémoire.

Ils tentèrent donc autre chose : l’évêque de Poznań osa réclamer l’ancienne église paroissiale, sous prétexte qu’elle appartenait à une antique fondation et qu’elle ne pouvait plus longtemps être laissée à l’usage des hérétiques. Le seigneur trésorier répondit que son grand-père (Andrzej, palatin de Brześć Kujawski) avait jusqu’alors fait construire et enrichir de revenus une église proche du château afin que les catholiques — dont la ville ne comptait qu’un très petit nombre, rarement plus de trois ou quatre citoyens — ne manquassent pas d’un lieu où célébrer leurs offices ; tandis que la plus grande partie des habitants jouissait de l’église la plus vaste. Mais ce fut en vain, bien qu’il eût doublé le traitement de ce curé catholique romain.

Traxerunt enim dominum comitem tanquam collatorem ad regni tribunal anno 1652, ubi causa non cadere non potuit iisdem exsistentibus accusatoribus et testibus judicibusque. Impetravit tamen, ut ne subditis suis Antiquo-Lesnensibus subito sacra haec aedes eriperetur, donec sibi exaedificassent novam. Quam structuram mox aggressos exterarumque ecclesiarum ope (quarum quidem auxilia rebus ubique turbatis impetrari poterant) adjutos, cum celeriter progredi majoraque moliri viderent (nec enim antiquum illud templum multitudinis civium confessionis hujus jam capax erat) murmurare iterum et minari : ferri hoc non posse, ut haeretici templum majus possideant Catholicis, Catholicis hoc aedificari etc. Tandem illis diu optatam non Lesnenses tantum, sed omnes per Poloniam evangelicos (seu, ut hic loqui mos fuit, dissidentes a religione Romana) opprimendi atque exterminandi occasionem attulit Svecorum in Poloniam anno 1655 facta irruptio. Tametsi enim cum adventantibus a Pomerania Svecis ipsimet Romanenses (pactis Uscensibus) transegerant urbesque primarias Posnaniam, Kalisch, Fraustat, Meseritz, Lesnam nominatim et expresse Svecis tradiderant, reliqui autem resistendo impares sese dediderant, rege tamen Svecorum in Prussia lente et periculose, uti videbatur, occupato, arma resumendi, libertatem patriae religionemque catholicam (ut loquuntur) propugnandi, Svecos regno pellendi dissidentesque omnes in universum exterminandi consilium iniverunt. Quod propositum ut proceder et celerius urgeretur fortius, dimissi sunt quaquaversus Jesuitae ac monachi, qui haec omni multitudini intimarent ad augendumque tam gloriosa animarent : cunctabundos quidem excommunicationis fulminibus adigentes, obsequiosis autem poenarum purgatorii relaxationem et aeterna praemia promittentes. Revocato itaque e Silesia Casimiro nobilitatem ad illum confluere Svecorumque e Borussia redeunti regi occurrere jusserunt.

Ils traînèrent le comte devant le tribunal du royaume en l’an 1652, en sa qualité de fondateur et protecteur de l’église ; la cause ne pouvait manquer d’être perdue, puisque les mêmes personnes étaient à la fois accusateurs, témoins et juges. Il obtint cependant qu’on n’enlevât pas soudainement cette église à ses sujets du Vieux-Leszno avant qu’ils ne s’en fussent construit une nouvelle.

Ceux-ci entreprirent aussitôt la construction et, aidés par les Églises étrangères — dont l’assistance pouvait alors être obtenue malgré les troubles qui régnaient partout — ils avançaient rapidement et projetaient des travaux plus importants encore (car cette ancienne église ne suffisait déjà plus à contenir la foule des habitants de cette confession). Alors recommencèrent les murmures et les menaces : il était, disait-on, intolérable que les hérétiques possédassent une église plus grande que celle des catholiques ; cette nouvelle église, affirmait on, était construite contre les catholiques, etc.

Enfin, l’irruption des Suédois en Pologne en 1655 fournit à leurs adversaires l’occasion tant désirée d’opprimer et d’exterminer non seulement les habitants de Leszno, mais encore tous les évangéliques de Pologne (ou, comme on disait ici, « les dissidents de la religion romaine »). Car, bien que les catholiques eux-mêmes eussent traité avec les Suédois venant de Pomerania par les accords d’Ujście, et qu’ils leur eussent livré nommément et expressément les principales villes — Poznań, Kalisz, Wschowa, Międzyrzecz, et Leszno — tandis que les autres, incapables de résister, s’étaient rendus, ils résolurent néanmoins, voyant le roi de Suède retenu lentement et dangereusement en Prusse, de reprendre les armes, de défendre la liberté de la patrie et la religion catholique (comme ils disaient), de chasser les Suédois du royaume et d’exterminer universellement tous les dissidents.

Afin que ce dessein avançât plus vite et fût poursuivi avec plus de vigueur, on envoya de tous côtés les jésuites et les moines pour annoncer ces résolutions à la foule entière et l’exhorter à accroître un si glorieux combat : ils contraignaient les hésitants par les foudres de l’excommunication, tandis qu’ils promettaient aux obéissants la remise des peines du purgatoire et des récompenses éternelles. Après avoir ainsi rappelé de Silesie le roi Casimir, ils ordonnèrent à la noblesse de se rassembler autour de lui et d’aller à la rencontre du roi revenant de Prusse pour combattre les Suédois.

Plebem autem ipsam concitarunt in evangelicos, ipsimet se eis furoris dando duces : eo successu, ut in Polonia Minore permultae familiae (numerari nondum possunt durante hoc furoris pleno tumultu) intra mensem fere (in Februario et Martio) miserabili laniena sublatae sint, caesis indiscriminatim viris et foeminis, juvenibusque et senibus ; solis exceptis, qui se in vicinam Hungariam proripere vitamque effugio servare potuerunt. Majoris vero Poloniae nobilitas, quia potiori parte in Silesiam secesserat, ibidem per manipulos collecta erumpere coepit Aprilis initio, quorum adventu animati reliqui per palatinatum Siradiensem et Calisiensem variam Svecorum per praesidia minorum oppidorum ediderunt stragem : ad quos compescendum generalis Mullerlus cum aliqua Svecorum manu (IV. Paschatos feria) egredi coactus fuit. Quantum ad Lesznam, descenderat haereditarius ejus dominus, regni thesaurarius (affecta licet valetudine) in Borussiam regis Sveciae salutandi causa patriaeque saluti quocumodo consulturus : sed illo non compellato (cum in plena actione rex esset et hinc inde volitaret) redierat Lesznam sub Aprilis initium. Quae res illi et urbi mire auxit invidiam, quasi cum Svecis adversus patriam conspiraret, nunquam verus ecclesiae, nunquam fidus patriae civis : tanto igitur acriores in illum et urbem spirabant flammas et eructabant minas. Non deſuerunt tamen, qui occultis missitationibus veniae facerent spem, si separare se vellet, quod et fecit postea. Hostes autem si non possent urbem tam populosam vi expugnare, incendio parabant perdere, multis eo inservientibus sese instruentes armis. Qua de re licet Lesnensibus advolitabant nuncii, praevalebat tamen fatalis securitas, nihil sibi ab isto hoste nullo peditatu nulloque majorum armorum apparatu instructo metuendum esse. Ipso Paschatos die Polonorum pars irruerunt in quaedam evangelicorum dominia prope Lessnam : ex. gr. Gruntkowo a B. de B. conductum praedium. In quem sedulo facta inquisitione et cognito abesse domo (Lessnam enim secesserat sacrorum causa) res quidem mobiles diripuerunt, famulum autem Bohemum (Martinum Multz) appenso a collo lapide grandi in praeterfluentem amnem praecipitatum aquis merserunt.

Quant au peuple lui-même, ils l’excitèrent contre les évangéliques, se faisant eux-mêmes les chefs de cette fureur ; avec un tel succès qu’en Petite-Pologne un très grand nombre de familles — qu’on ne peut encore dénombrer tant que ce tumulte plein de rage se poursuit — furent anéanties en l’espace d’environ un mois (durant février et mars) dans un misérable carnage, où hommes et femmes, jeunes et vieux furent massacrés sans distinction ; seuls furent épargnés ceux qui purent s’enfuir vers la Hongrie voisine et sauver leur vie par la fuite.

La noblesse de Grande-Pologne s’était en majeure partie retirée en Silesia ; elle commença, réunie là en bandes armées, à faire irruption dès le début d’avril ; encouragés par leur arrivée, les autres nobles, dans les palatinats de Sieradz et de Kalisz, infligèrent divers massacres aux Suédois établis dans les garnisons des petites villes. Pour les réprimer, le général Müller fut contraint de sortir avec quelques troupes suédoises le quatrième jour de Pâques.

En ce qui concerne Leszno, son seigneur héréditaire, le trésorier du royaume, était descendu en Prusse afin de saluer le roi de Suède et de veiller autant qu’il le pourrait au salut de la patrie, bien qu’il fût en mauvaise santé. Mais n’ayant pu rencontrer le roi — celui-ci étant en pleine campagne et courant de tous côtés — il était revenu à Leszno au début d’avril. Cette circonstance augmenta extraordinairement la haine contre lui et contre la ville : on prétendait qu’il conspirait avec les Suédois contre la patrie, qu’il n’avait jamais été un véritable membre de l’Église ni un citoyen fidèle du pays ; c’est pourquoi les ennemis soufflaient contre lui et contre la ville des flammes d’autant plus ardentes et proféraient des menaces plus violentes encore.

Il ne manqua pourtant pas de personnes qui, par des messages secrets, lui fissent espérer le pardon s’il consentait à se séparer des Suédois — ce qu’il fit d’ailleurs plus tard. Mais ses ennemis, s’ils ne pouvaient prendre par la force une ville aussi peuplée, se préparaient à la détruire par l’incendie, s’équipant pour cela de nombreuses armes.

Des messagers accoururent à Leszno pour avertir du danger, mais un sentiment fatal de sécurité prévalait : on croyait n’avoir rien à craindre d’un ennemi dépourvu d’infanterie et de tout armement important.

Le jour même de Pâques, une troupe de Polonais se rua sur certaines propriétés évangéliques près de Leszno ; par exemple sur le domaine de Gruntkowo, exploité par B. de B. Après avoir soigneusement recherché ce dernier et appris qu’il était absent de chez lui — car il s’était retiré à Leszno pour les offices religieux — ils pillèrent les biens mobiliers ; quant à son serviteur bohémien, Martin Multz, ils lui attachèrent une grosse pierre au cou et le précipitèrent dans la rivière voisine, où il fut noyé.

Tertia Paschatos feria percebuit regem Svecorum esse caesum perditaque illorum omnia : qua de causa cum dominus thesaurarius Vratislaviam Silesiae sese reciperet, civibus Lesnensibus metus nonnihil accessit, animantibus eos licet Svecorum qui aderant (trium vexillorum equitum) praefectis urbisque et comitatus Lesnensis administratore, qui a civibus fidelitatis juramentum denuo exigens, praesentiam promittebat bonoque esse animo jubebat. Qua spe erecti venturisque jamjam novarum legionum auxiliis lactati nihil non securitatis sibi promittebant, ut nemo de fuga aut recularum suarum in tutiorem locum translatione cogitaret, excubias tamen validas agendo, jam tertiae, jam mediae partis civium nocteque dieque. Excurrebant et Sveci equites subinde, quid hostis ageret et an se in propinquo alicubi ostentaret, exploraturi. Nihil tamen renuntiabant, nisi nulla hostis vestigia aut indicia apparere : etiam illa ipsa die, qua Poloni pomeridiano advolarunt, Sveci reversi praedas tantum opimas reportabant, de hostium adventu nihil. Sed enim circa pomeridianam tertiam (Jovis dies fuit a Quasimodogeniti, 27. Aprilis) ostendit se insperato sylvis promicans et mox in apertum campum sese explicans Polonicae nobilitatis exercitus, rusticana permistus colluvie, stititque se in urbis conspectu ad 5 aut 6 a suburbiis stadia. Quo viso datur signum, concurrunt ad arma cives seseque per moenia dislocant : tametsi adhuc, qui sint et quo animo veniant, ignari, et cur tubicinem ex more non praemittant, mirabundi.(Nam quod postea sparserunt et multi fortassis credunt, Lesnenses hostilitati dedisse occasionem occiso tubicine suo, id nihil est : fingi haec ad palliandam facti atrocitatem coelum et terra testes erunt.)

Le troisième jour après Pâques, on apprit que le roi de Suède avait été tué et que toutes les affaires des siens étaient perdues. Pour cette raison, lorsque le seigneur trésorier se retira à Wrocław en Silésie, une certaine crainte gagna les habitants de Leszno, bien qu’ils fussent rassurés par les chefs des Suédois présents sur place (trois étendards de cavalerie), ainsi que par l’administrateur de la ville et du district de Leszno. Celui-ci, exigeant de nouveau des citoyens le serment de fidélité, promettait sa présence et les exhortait à garder courage.

Ranimés par cet espoir et déjà réconfortés par l’attente du secours de nouvelles légions qui devaient arriver bientôt, ils se promettaient toute sécurité possible, au point que personne ne songeait ni à fuir ni à transporter ses biens dans un lieu plus sûr. Toutefois, ils montaient de fortes gardes, tantôt par le tiers, tantôt par la moitié des citoyens, nuit et jour.

Les cavaliers suédois faisaient aussi fréquemment des sorties pour reconnaître ce que faisait l’ennemi et s’il se montrait quelque part dans les environs. Cependant, ils ne rapportaient rien, sinon qu’aucune trace ni aucun indice de l’ennemi n’apparaissait. Même le jour même où les Polonais surgirent dans l’après-midi, les Suédois revenus de reconnaissance rapportaient seulement un riche butin, sans aucune nouvelle de l’arrivée des ennemis.

Mais vers la troisième heure de l’après-midi (c’était le jeudi après le dimanche de Quasimodo, le 27 avril), apparut soudain, brillant à travers les forêts puis se déployant bientôt en rase campagne, l’armée de la noblesse polonaise, mêlée à une foule paysanne. Elle s’arrêta à la vue de la ville, à cinq ou six stades des faubourgs.

À cette vue, le signal fut donné ; les citoyens coururent aux armes et se répartirent le long des murailles, bien qu’ils ignorassent encore qui étaient ces gens et avec quelles intentions ils venaient, s’étonnant aussi qu’ils n’eussent pas envoyé en avant un trompette selon l’usage. (Car ce qu’ils répandirent plus tard, et que beaucoup peut-être croient encore, à savoir que les habitants de Leszno auraient donné prétexte aux hostilités en tuant leur trompette, n’est qu’un mensonge : le ciel et la terre seront témoins que ces inventions furent forgées pour couvrir l’atrocité du crime.)

Faciunt tandem initium accessu officina lateraria non procul a suburbiis sita. Svecorum ergo turmae, quae jam conscensis equis (ad 150) novos illos hospites observatum urbe egressae erant, progressae ulterius levibus velitationibus ita per bihorium cum hoste confligunt, ut Polonorum multi, Svecorum etiam aliqui, caderent. Dum autem hi a civibus auxilia solicitant, quasi ab ulteriore incendio suburbia defensuris, protracti sunt aliqui (circiter 70 juniores civium) temere nulloque ordine equitibus se intermiscentes. Quo viso Poloni fugam simulant sylvam versus recedendo. Ut autem satis abstractos a moenibus autumant, vertunt se partim per obliquum viam Lesnensibus praeclusuri et ad suos reditu prohibitori, partim recta in eosdem pleno agmine se effusuri. Equites Sveci hoc viso terga vertunt ; Polonis eos ita insequentibus (dum reliqui peditibus obtruncandis dant operam), ut duo illorum vexilla, 400 circiter, per suburbium ad ipsam Risinensem portam penetrarint : parumque afuit, quin ipsam urbem simul intrassent, nisi civium aliquis confidenti ausu repagulum majus (Schlagbaum) opposuisset, alii vero sclopetariarum glandium imbre hostem repulissent. Ita factum, ut Poloni sistere se, imo recipere coacti (sub ipsissimum Solis occasum) extrema suburbii istius (horrea scil. aliquot et molas alatas) accenderint nobisque noctem luminosam reddiderint totam : ipsi per sylvam ad oppidum Oseczno (Germanis Storchnest) reversi. Oppleta sic terroribus urbe insomnem omnes ducunt noctem: cives quidem per moenia excubando, imbellis autem sexus per fora et coemiteria hortosque patentiores sese conglobando atque ibi cantibus et ad Deum clamoribus coelos fatígando.

Finalement, ils commencèrent l’attaque en s’approchant d’une briqueterie située non loin des faubourgs. Les escadrons suédois donc, qui avaient déjà enfourché leurs chevaux (environ 150 hommes) et étaient sortis de la ville pour observer ces nouveaux visiteurs, s’avancèrent davantage et engagèrent avec l’ennemi, pendant près de deux heures, de légères escarmouches, de telle sorte que beaucoup de Polonais tombèrent, ainsi que quelques Suédois.

Mais tandis que ceux-ci demandaient aux citoyens des secours, comme s’ils allaient défendre les faubourgs contre un incendie plus étendu, quelques-uns furent entraînés inconsidérément (environ soixante-dix jeunes citoyens), sans aucun ordre, à se mêler aux cavaliers. À cette vue, les Polonais simulèrent la fuite en se retirant vers la forêt. Puis, lorsqu’ils estimèrent avoir suffisamment éloigné les leurs des murailles, une partie d’entre eux se retourna obliquement afin de couper la route aux gens de Leszno et de leur interdire le retour auprès des leurs ; l’autre partie se rua directement sur eux en ordre serré.

Les cavaliers suédois, voyant cela, tournèrent le dos. Les Polonais les poursuivirent si vivement (tandis que les autres s’occupaient à massacrer les fantassins) que deux de leurs étendards, soit environ quatre cents hommes, pénétrèrent à travers le faubourg jusqu’à la porte de Rydzyna elle-même. Et peu s’en fallut qu’ils n’entrassent en même temps dans la ville, si l’un des citoyens, avec une hardiesse résolue, n’avait opposé la grande barrière (le Schlagbaum), tandis que d’autres repoussaient l’ennemi sous une grêle de balles de mousquet.

Ainsi arriva-t-il que les Polonais, contraints de s’arrêter, voire de se retirer, mirent le feu — au moment même du coucher du soleil — aux extrémités de ce faubourg, c’est-à-dire à quelques granges et moulins à vent, nous donnant ainsi une nuit entière illuminée par les flammes. Puis ils retournèrent à travers la forêt vers la petite ville de Osieczna (appelée par les Allemands Storchnest).

La ville, ainsi remplie de terreur, passa toute la nuit sans sommeil : les citoyens montaient la garde sur les murailles, tandis que les femmes et tous ceux inaptes au combat se rassemblaient sur les places, dans les cimetières et les jardins les plus ouverts, fatiguant le ciel de leurs chants et de leurs cris adressés à Dieu.

Mane facto hosteque nullo apparente cives portis egressi interfectos ad sepulturam conquisiverunt : quorum reperti ad quadraginta e civibus, supra centum vero e Polonis, et in his ipse copiarum ductor Czesky, qui sub Baniero Sveco stipendia fecerat ceterisque habebatur exercitatior. Percrebuerat interim administratorem comitatus desiderari cum suis egressum : unde civium animi labascere senatumque adeundo uxorum cum liberis dimissionem urgere coeperunt, ut si rediret hostis, ad sese defendendum essent animosiores, mulierum clamoribus ac fletu non obtusi. Dissvadebant nonnulli bonis rationibus : illos, qui sub praetextu suos in tutum deducendi semel portis emissi fuerint, non redituros reliquosque cives fore timidiores ; Spartanos olim uxores et liberos ad praelia educere solitos, ut esset pro quorum salute acrius pugnarent eos intuiti. Sed frustra fuerunt. Volebant et militiae Svecicae praefecti fugam istam opulentiorum prohibere : sed victi multitudinis clamoribus non potuerunt. Svadebant et aliqui ecclesiasticorum ad aliquot dies dimissionem, cum se inprimis petat Antichristianus ille furor : quorum conscientiae id permisit senatus, an populum tali casu, cum admonitionibus et solatiis egerent maxime (praesertim vulnerati et moribundi) deserere vellent. Sed perrexerunt instare alii, egressique sunt ante meridiem circa 300 currus : quotquot scil. in urbe haberi potuerunt.

Le matin venu, comme aucun ennemi n’apparaissait, les citoyens sortirent par les portes afin de rechercher les morts pour les ensevelir. On trouva environ quarante citoyens tués, mais plus de cent Polonais ; parmi ces derniers se trouvait aussi le chef même des troupes, Czesky, qui avait servi sous le Suédois Banér et passait pour plus expérimenté que les autres.

Entre-temps, le bruit s’était répandu que l’administrateur du district avait disparu après être sorti avec les siens. Dès lors, le courage des habitants commença à faiblir, et ils se mirent à presser le sénat, en s’y rendant avec insistance, de permettre le départ des femmes et des enfants, afin que, si l’ennemi revenait, ils pussent se défendre avec plus de résolution, sans être paralysés par les cris et les pleurs des femmes.

Quelques-uns tentaient de les en dissuader par de bons arguments : ceux qui, sous prétexte de conduire les leurs en lieu sûr, auraient une fois franchi les portes, ne reviendraient pas ; les citoyens restés sur place en deviendraient plus timides encore. Ils rappelaient aussi que jadis les Spartiates avaient coutume de conduire leurs femmes et leurs enfants aux combats, afin d’avoir sous les yeux ceux pour le salut desquels ils devaient combattre plus vaillamment.

Mais ce fut en vain. Les officiers de la garnison suédoise voulaient eux aussi empêcher cette fuite des plus riches ; pourtant, vaincus par les clameurs de la foule, ils n’y purent rien. Certains ecclésiastiques conseillaient également de permettre ce départ pour quelques jours, puisque cette fureur antichrétienne les visait avant tout ; le sénat remit donc à leur conscience le soin de décider s’ils voulaient abandonner le peuple dans une telle situation, alors que celui-ci avait plus que jamais besoin d’exhortations et de consolations, surtout les blessés et les mourants. Mais d’autres continuèrent à insister, et avant midi sortirent environ trois cents chariots, autant qu’on avait pu en trouver dans la ville.

Insequuta fuit tranquillitas cum spe hostem non reversurum post factum pridie, quomodo se et sua defendere sciant Lesnenses, experimentum. Et forte non rediisset (innotuit post), nisi diffugio illo civium factus fuisset animosior. Ecce enim post secundam pomeridianam (eadem die, 28. April.) epistola traditur consuli a copiarum Polonicarum ducibus, qua deditionem urbis flagitant cum gratiae spe : quam si amplecti nolint, ferro et flamma deletum iri, eo quod peditatu aucti undique civitatem aggredi vellent. Addebant et domini thesaurarii ad se datas literas, quibus, ut Lesnae suae supplici factae parcerent, intercedebat : illisque hoc jam in mandatis esse datum, ut portas aperiant, significabat. Quod mandatum si vere fuit datum, suppressum oportuit ab aliquo, ne civibus innotesceret : prospexissent alioqui saluti suae rerumque suarum aliter. Sed ita fieri necesse fuit, ut peccata nostra, etiam aliena interveniente perfidia, traherentur ad poenam. Haec ergo Polonorum ad senatum legatio civium animos vehementer perculit : postquam ista non in secreto habita erant, sed antequam consul senatum militiaeque praefectos convocare posset, totam civitatem rumor hic (sicut et pulveris nitrati vix aliquid superesse, nec fore quo se defendant) pervaserat, ut cives panico inde concepto metu arma et animos abjicerent fugaeque se darent, praesertim quum mox postea hostile agmen per eandem qua pridie viam redire viderent, qui in excubiis erant : hi enim relicta quisque statione sua domum properantes, uxores, liberos, vicinos ad fugam hortabantur, armis aut mox in moeniis ipsis et intra portas relictis, aut postea per campos, ne oneri essent, abjectis.

Le calme revint ensuite, avec l’espoir que l’ennemi ne reviendrait pas, après avoir fait la veille l’expérience de la manière dont les habitants de Leszno savent se défendre eux-mêmes et défendre leurs biens. Et peut-être ne serait-il effectivement pas revenu (comme on l’apprit plus tard), si cette fuite des citoyens ne l’avait rendu plus audacieux. Mais voici qu’après la deuxième heure de l’après-midi (le même jour, 28 avril), une lettre est remise au consul par les chefs des troupes polonaises ; ils y réclament la reddition de la ville avec promesse de grâce. Si les habitants refusaient cette offre, la ville serait détruite par le fer et le feu, car ils voulaient, renforcés d’infanterie, attaquer la cité de toutes parts. Ils ajoutaient aussi qu’une lettre leur avait été adressée par le seigneur trésorier, dans laquelle celui-ci intervenait afin qu’ils épargnent Leszno devenue suppliante ; et ils signifiaient qu’ordre leur avait déjà été donné d’ouvrir les portes.

Si cet ordre fut réellement donné, il dut être supprimé par quelqu’un afin qu’il ne parvînt pas à la connaissance des citoyens ; autrement, ils auraient pris d’autres mesures pour sauver leur vie et leurs biens. Mais il fallait qu’il en fût ainsi, afin que nos fautes, avec l’intervention en plus d’une trahison étrangère, soient entraînées vers leur châtiment. Cette ambassade des Polonais auprès du sénat frappa donc violemment les esprits des citoyens. Lorsque ces faits ne furent plus tenus secrets, mais avant même que le consul pût convoquer le sénat et les chefs militaires, cette rumeur — ainsi que celle disant qu’il ne restait presque plus de poudre et qu’il n’y aurait plus de quoi se défendre — se répandit dans toute la ville ; si bien que les citoyens, saisis d’une peur panique, abandonnèrent leurs armes et leur courage pour se livrer à la fuite.

Surtout lorsque, peu après, ceux qui étaient de garde virent revenir l’armée ennemie par le même chemin que la veille. Chacun abandonna alors son poste et se hâta de rentrer chez lui, exhortant femmes, enfants et voisins à fuir ; les armes furent soit laissées aussitôt sur les remparts mêmes et à l’intérieur des portes, soit plus tard jetées à travers champs, afin de n’être pas un fardeau.

Visa trepidatione hac et diffugio civium milites Sveci, auxiliaque Fraustadio sperata frustra expectati, ipsi quoque insilierunt equos celeriter : non in occursum hosti, ut pridie, ituri, sed ab hostis conspectu quoque fugitori. Quos insecutus senatus adeo pavide, ut ruentibus, qua cuique data porta aut per ipsa valla et fossas, intra unius horae spatium populosissima urbs civibus suis appareret vacua : sola remanente imbelli turba morbis aut senio gravata paucisque aliis cito se expedire nequeuntibus aut quacunque tandem causa eventum exspectare coactis. Festinabant vero omnes ad paludosas istas sylvas, quibus hic loci Polonia disterminatur a Silesia : tam confuse, ut cum proximi transitus (versus Thorlang et Kroschen) non sufficerent, ad alios quoque distantiores (Stritzwitz, Prybisch, Hundsloch) agminatim sese volverent, Svecorum autem cohortes Fraustadium et inde assumto Fraustadiensi praesidio Mesericium versus. Difficilis autem fuit per paludes istas transitus, cum alii alios urgendo (quasi jamjam a tergo instaret hostis) non haererent tantum profundo luto varii (frustra a praetereuntibus auxilium vociferati, cum quisque suae tantum conservandae vitae intentus esset), sed et mergerentur perirentque. Amittebant hic liberi parentes, parentes liberos, uxores viros, amici amicos, ut vix intra biduum, triduum, quatriduum alii alios reperirent.

Hostis misso ad Posnaniensem portam tubicine, quid civibus esset animi exquirebat : ad quem Johannes Kolichen, civis literatus et multis e nobilitate familiariter notus (qua et fiducia uxore emissa remansit), prodiit, portas patere, hostes Svecos jam abesse, cives reliquos gratiam petere dixit.

À la vue de cette panique et de cette fuite des citoyens, les soldats suédois eux-mêmes — ainsi que les auxiliaires qu’on avait attendu en vain de Fraustadt — sautèrent aussi rapidement à cheval ; non pour marcher à la rencontre de l’ennemi comme la veille, mais pour fuir même sa seule vue. Le sénat les suivit dans une telle frayeur que, tandis que tous se précipitaient par la porte qui s’offrait à chacun, ou même à travers les remparts et les fossés, en moins d’une heure cette ville si populeuse paraissait vidée de ses habitants. Ne restait plus qu’une foule sans défense, accablée par la maladie ou la vieillesse, ainsi que quelques autres incapables de se préparer rapidement à fuir, ou contraints pour quelque raison que ce soit d’attendre les événements. Tous se hâtaient vers ces forêts marécageuses qui, en cet endroit, séparent la Pologne de la Silésie ; et cela dans une telle confusion que, les passages les plus proches (vers Thorlang et Kroschen) ne suffisant pas, ils se dirigeaient aussi en masses vers d’autres plus éloignés (Stritzwitz, Prybisch, Hundsloch), tandis que les cohortes suédoises prenaient la route de Fraustadt puis, après y avoir embarqué la garnison de Fraustadt, de Meseritz. Le passage de ces marais était difficile : les uns pressant les autres, comme si l’ennemi les poursuivait déjà de près, beaucoup non seulement s’enlisaient dans la boue profonde — appelant en vain à l’aide les passants, chacun n’étant occupé qu’à sauver sa propre vie — mais encore s’y noyaient et périssaient. Là, les enfants perdaient leurs parents, les parents leurs enfants, les femmes leurs maris, les amis leurs amis ; si bien que les uns et les autres ne se retrouvaient parfois qu’au bout de deux, trois ou quatre jours.

L’ennemi, ayant envoyé un trompette à la porte de Poznań pour demander quelles étaient les intentions des citoyens, vit s’avancer Johannes Kolichen, un bourgeois instruit et familier de nombreux nobles ; confiant dans ces relations, il avait laissé partir son épouse et était demeuré sur place. Il déclara que les portes étaient ouvertes, que les troupes suédoises étaient déjà parties, et que les citoyens restés dans la ville demandaient grâce.

Venit igitur paulo post ad eandem portam illustris Grzymaltowski multa cum nobilitate ; cumque idem Kolichen altero comitatus prodiisset aegreque illis urbem civibus orbam et sine insidiis persvasisset, ingressi sunt perque proximas splendidiores aedes dispositi et lauta coena (parabatur enim ut demulceri possent) excepti multoque vino (ex ditissima Dlugossii senatoris cella) hilarati : suppoti demum, Kolichium minis aggressi captivare instituunt, qui tamen mirabiliter e manibus illorum elapsus fuga se servavit. Illi vero pernoctare in urbe veriti (ne a Svecis et civibus ex insidiis opprimerentur metu) redierunt ad suos, maneque demum toto agmine et multis centenis curribus urbem ingressi obvios (qui forte supererant) mactarunt spoliisque colligendis sese dediderunt : singularibus editis ibi barbarae crudelitatis, hic stupidae stoliditatis speciminibus. Tametsi enim nemo jam resistebat, illi tamen ut rabidi canes in omnes latebris sive prodeuntes, sive vi protractos ita saevierunt, nonnullis oculos effoderunt, aliis nasos et linguas praesciderunt, alios manibus pedibusque truncarunt, alios innumeris vulneribus caesim punctimque ita dilaniarunt, ut dignosci non possent. Et quod majus, mortuo etiam celsissimo principi, Friderico Hassiae landgravio, non pepercerunt : qui cum hostiliter ab illis ante semestre ad Costenam trucidatus, a Lesnensibus autem honeste pollinctus et in novi templis sacrario super theatrum (ad transportationis usque in patriam tempus) depositus asservaretur ; hujus illi primo loculum decore adornatum diripuerunt (extractis argenteis deauratis claviculis detractoque circumcirca holoserico), post ipsum principis corpus adorti, veste serica lynceis pellibus subducta exuerunt, atque sic iterato denudatum et humi projectum reliquerunt. Qui tamen (reperto post urbis deflagrationem ibidem corpore ab igne non temerato) ab Antiquo-Lesnensibus denuo vestitus, loculo inclusus certoque loco sepultus adhuc servatur honorifice.

Peu après, l’illustre Grzymaltowski parut à la même porte, entouré d’une nombreuse noble compagnie. Kolichen, qui s’était avancé avec un compagnon, parvint, à leur grand désarroi, à convaincre les citoyens de livrer la ville sans guet-apens. Ils y pénétrèrent donc, gagnèrent les demeures les plus proches et les plus somptueuses, et furent reçus par un festin soigneusement dressé — préparé pour les attendrir — puis réjouis par abondance de vin tiré des caves opulentes du sénateur Długosz. À peine rassasiés et enivrés, ils s’élancèrent par menaces contre Kolichius pour le livrer ; mais, de façon miraculeuse, il leur échappa et se sauva.

Craignant cependant de passer la nuit en ville — de peur d’être surpris par les Suédois ou par des citoyens en embuscade — ils regagnèrent leurs rangs ; et, le lendemain, l’armée entière, suivie d’un long cortège de charrettes, revint dans la cité. Ils massacrèrent en chemin ceux qui avaient survécu et se livrèrent au pillage : actes d’une cruauté barbare, mêlés à une bêtise abyssale. Bien que toute résistance eût cessé, ils se ruèrent, tels des chiens enragés, sur quiconque se cachait ou qu’ils traînaient dehors. Ils crevèrent des yeux, arrachèrent nez et langues, tranchèrent mains et pieds, éventrèrent et lacérèrent par d’innombrables coups, jusqu’à rendre certains corps méconnaissables.

Et plus odieux encore : ils n’épargnèrent pas le corps du très illustre prince Frédéric, landgrave de Hesse. Tué par eux six mois auparavant près de Costen, il avait été honorablement embaumé par les habitants de Leszno et déposé, en attente de rapatriement, dans le sanctuaire du nouveau temple sur le théâtre. Les pilleurs éventrèrent d’abord le caveau décoré — arrachant les ferrures d’argent et détachant la soie — puis, s’en prenant au corps même du prince, lui ôtèrent ses vêtements de soie et ses pelisses, et, l’une fois nu, l’abandonnèrent sur le sol. Après l’incendie de la ville on retrouva néanmoins son corps, partiellement préservé du feu ; les anciens de Leszno le revêtirent de nouveau, le placèrent dans un cercueil et l’ensevelirent avec honneur en un lieu certain, où il est encore gardé et vénéré.

Stultitiae vero documenta furiosorum illa colluvies in eo edidit, quod quum Lessnam possent sive in nidum sibi (munitissimis provinciae locis Svecorum jam praesidio firmatis) constituere, sive saltem opimiora inde colligere spolia (tanta quippe rerum, victualium, mercium, supellectilis variae thesaurorumque aliunde tanquam ad tutiorem locum huc translatorum copia fuit, quanta millenis etiam curribus vix multis diebus avehi posset) : illi tamen nimio urbem invisam perdendi desiderio mox eadem die, et quidem non exspectato etiam meridie, ignem multis locis per omnes urbis et suburbiorum plateas (non enim vacuos currus, sed praeparatis ad incendia materiis, taeda, pice, stramentis onustos adduxerant) subjecrunt, et sic amoenissimam urbem cum omni rerum abundantiae apparatu immanissime perdiderunt. Durabat incendium hoc triduum totum incendiariis, ut ne quid esset reliquum, admodum tentis. Nam cum novorum templorum (ex. gr.) recentes structurae non facile flammas admitterent, illi stramentis, aridisque lignis, picatisque facibus aliquoties sub tecta et in turrium interiora illatis ignem concipere vi cogebant : iterumque tertia die (Maji prima) regressi, quicquid domuncularum superesse videbant, flammis admo tis ustulabant ; ipsa etiam molendina alata, quorum in urbis circuitu ad 70 erant, et viridarium comitis amoenissimum arci adjunctum : ut nullus non locus crudelitatis impleretur spectaculis, tandemque dicendum veniat : En cineres, ubi Lessna fuit ! Cives incendia haec eminus (per unum et alterum miliare) triste spectantes accurrebant postridie agminatim, seu flammas exstinguendi (si possibile esset), seu flammis aliquid eripiendi (plerique enim vacuis egressi erant, panico illo percussi terrore, manibus) desiderio : sed a superveniente hoste strenue licet sese defendentes et multos hostium sternentes trucidati fuere multi, sicut et sequentibus diebus, quum pagi aliqui ad Lessnensem comitatum spectantes et ab evangelicis habitati exurerentur. Perierunt hoc incendio aliquammulti, senes et aegroti, eripere se nec eripi ab aliis valentes, aedificiorum vero et supellectilis domesticae variae, et mercium pretiosarum, et frumenti (ad multa millia modiorum huc convecti), et bibliothecarum aliarumque rerum tantus apparatus, ut multis auri tonnis jactura aestimari non valeat : millenique ad miserrimam mendicitatem redacti sint.

Cette foule furieuse donna des preuves de sa stupidité en ceci : alors qu’ils auraient pu faire de Leszno soit un refuge pour eux-mêmes — puisque les places les mieux fortifiées de la province étaient déjà assurées par des garnisons suédoises — soit du moins en emporter un riche butin (car il s’y trouvait une telle abondance de biens, de vivres, de marchandises, de meubles variés et de trésors transportés là d’ailleurs comme en un lieu plus sûr, qu’on les aurait à peine emportés avec des milliers de chariots en plusieurs jours), ils préférèrent pourtant, dans leur désir excessif de détruire cette ville qu’ils haïssaient, y mettre le feu dès ce même jour, sans même attendre midi. Et cela en plusieurs endroits à travers toutes les rues de la ville et des faubourgs ; car ils n’avaient pas amené des chariots vides, mais chargés de matériaux préparés pour l’incendie : torches de résine, poix, paille. Ainsi détruisirent-ils avec une barbarie inouïe cette ville si agréable, avec tout l’appareil de son abondante prospérité.

L’incendie dura trois jours entiers, les incendiaires s’appliquant avec acharnement à ne rien laisser subsister. Ainsi, lorsque les constructions récentes des nouvelles églises, par exemple, ne prenaient pas facilement feu, ils forçaient les flammes à s’y propager en introduisant à plusieurs reprises sous les toits et à l’intérieur des tours de la paille, du bois sec et des torches enduites de poix. Puis, revenant encore le troisième jour (le premier mai), ils brûlaient tout ce qu’ils voyaient rester de petites maisons en y appliquant les flammes. Ils incendièrent même les moulins à vent — dont il y en avait environ soixante-dix autour de la ville — ainsi que le très beau jardin du comte attenant au château ; si bien qu’aucun lieu ne fut épargné par les spectacles de cette cruauté. Et l’on en vient enfin à devoir dire : Voici des cendres, là où fut Leszno !

Les habitants, contemplant de loin cet incendie — à une ou deux lieues de distance — accouraient en foule le lendemain, soit dans l’espoir d’éteindre les flammes, si cela était possible, soit dans le désir d’arracher quelque chose au feu (car la plupart étaient partis les mains vides, frappés de cette panique soudaine). Mais beaucoup furent massacrés par l’ennemi accouru sur place, bien qu’ils se défendissent vigoureusement et abattissent nombre de leurs adversaires ; il en fut de même les jours suivants, lorsque certains villages relevant du district de Leszno et habités par des protestants furent incendiés.

Dans cet incendie périrent un assez grand nombre de personnes, vieillards et malades incapables soit de se sauver eux-mêmes, soit d’être secourus par d’autres. Quant aux bâtiments, aux meubles domestiques de toute sorte, aux marchandises précieuses, au blé — amené ici par milliers de boisseaux —, aux bibliothèques et aux autres richesses, les pertes furent si immenses qu’on ne saurait les évaluer même en plusieurs tonnes d’or ; et des milliers de personnes furent réduites à la mendicité la plus misérable.

Super omnia vero lamentabile, ecclesiam fidelium, variis e locis et gentibus purioris Divini cultûs gratia huc loci collectorum, ita penitus eversam, ut cum antiqua a Babyloniis eversa Sione exclamare necesse habeat : O Vos omnes, qui transitis per viam, videte, an dolor sit similis dolori meo, quo me implevit Dominus in die furoris sui ! Immisit enim ignem ossibus meis, et subvertit me : posuit me desolationem, ut nequeam surgere. Perditi sunt filii mei, quia praevaluit inimicus. Expandit Sion manus suas, nec est qui consoletur eam. Vocabam amicos meos, et illi deceperunt me (Thren. 1, 12 etc.). Venatione coeperunt me quasi avem inimici mei, lapsa est in lacum vita mea, tametsi qua die invocabam te dicere soleres : Ne timeas. Misericordia tamen Dei est, quod non consumpti sumus, quia non deficiunt miserationes ejus etc. (Thren. 3).

Mais ce qu’il y eut de plus lamentable par-dessus tout, ce fut que l’Église des fidèles — rassemblés ici de diverses régions et nations pour le culte plus pur de Dieu — fut si complètement renversée qu’il lui faut nécessairement s’écrier avec l’antique Sion détruite par les Babyloniens :

O vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur, dont le Seigneur m’a accablée au jour de sa fureur ! Il a envoyé un feu dans mes os et m’a renversée ; il m’a réduite à la désolation, de sorte que je ne puis me relever. Mes enfants ont péri, parce que l’ennemi l’a emporté. Sion a étendu les mains, et personne ne l’a consolée. J’appelais mes amis, et ils m’ont trompée (Lamentations 1, 12 etc.).

Mes ennemis m’ont poursuivie à la chasse comme un oiseau ; ma vie est tombée dans la fosse, alors même que, le jour où je t’invoquais, tu avais coutume de dire : “Ne crains point.” Pourtant, c’est une miséricorde du Seigneur que nous n’ayons pas été entièrement consumés, car ses compassions ne s’épuisent pas etc. (Lamentations 3).

Non reticendum est, quid mirum acciderit prima incendii die sub vesperam. Czirnae (primum est Silesiae oppidum Lessnaeque vicinissimum, duarum leucarum distantia) prodierant tristes patriae spectaturi fumos aliqui Lessnenses. Et ecce e nubibus fumos illos super Silesiam ferentibus decidentes fuligines et cum illis chartae ambustae folium ! Quod ut tollunt, vident ex Bohemicis Bibliis folium, caput Evangelii Matthaei Vtum cum septimi parte continens : ubi verba Christi, Qua mensura mensi fueritis, eadem remetietur vobis, primum inspectantibus objecta sunt, cum multis Christi ad fidendum paternae Dei Providentiae exhortationibus. Folium hoc loci domino, generoso d. A. Sto ab aulicis praesentatum, legit et interpretatus est casu fortuito praesens d. H. M., Lessnensis medicus, et alii complures, qui hoc testantur : dominus vero loci inter cimelia sua id reposuit. Quid hic nisi oppressa immanitate hostili exclamet Sion : Redde eis vicem, Domine, juxta opera manuum suarum ! Thren. 3, 64. Coepit etiam ulcisci Deus injurias populi sui quarto post die, quum furiose Costenam, quarto a Lesna lapide situm oppidum, aggressi, a praesidio Svecico aliquoties animose repulsi magnamque cladem passi (ad 500 suorum desideratis) magna confusione recipere se coacti sunt. Similia passi ad Kalissiam et alibi, a Svecis caesi et in fugam acti. Ut eandem propemodum experiri videantur fortunam, quam a subversa Magdeburgo Tyllius olim, Deo ultionum ultorem se suorum exhibente. Incipiuntque agnoscere et sibi invicem exprobare stultitiam suam ipsimet : tum nobiles, quod sibi emporium et gazophylacium dissipassent suum, tum clerici videntes aliud et aliter evenisse, quam proposuerant ipsi. Ipsorum quippe intentio fuit, haereticos (ut vocant) evertere funditus una cum nido suo: nunc videntes hunc quidem vastatum, illos autem servatos magis dolent ac ringuntur, quam gaudent. Deus enim, quod olim Barucho promiserat, hic praestitit : Dabo tibi (in mediis patriae ruinis) spolii loco vitam (Jerem. 45, v. 5). Dedit enim tot millenis cultoribus suis e media illa subversione ereptis spolii loco vitam, posito furoribus satanae termino, quem transgredi non potuit: non minus atque olim cum Jobum illi objecisset, quantum ad facultates, ita tamen, ut ne noceret vitae. Nomen Domini sit benedictum. Cantare enim revera habemus cum Davide : Nisi Dominus adfuisset nobis, nisi Dominus adfuisset nobis, cum insurrexerunt contra nos homines, tunc vivos absorbvissent nos exardescente ira eorum in nos. Tunc aquae illae inundassent nos, torrens ille superavisset nos, torrens ille aquae superbissimae. Benedictus Jehova, qui nos non exposuit praedae dentibus eorum ! Anima nostra ut avicula erepta est a laqueo aucupantium : laqueo enim disrupto nos erepti sumus. Auxilium nostrum fuit a Domino, qui fecit coelum et terram (Psal. 124).

Il ne faut pas taire non plus ce qui arriva d’étrange le premier jour de l’incendie, vers le soir.À Czirna — première petite ville de Silésie et la plus proche de Leszno, distante de deux lieues — quelques habitants de Leszno étaient sortis pour contempler avec tristesse les fumées de leur patrie. Et voici que, des nuages portant ces fumées au-dessus de la Silésie, tombèrent des flocons de suie et, avec eux, une feuille de papier à demi brûlée.Lorsqu’ils la ramassèrent, ils virent qu’il s’agissait d’une page des Bibles bohémiennes, contenant le chapitre V de l’Évangile selon Matthieu et une partie du chapitre VII. Or les premières paroles qui frappèrent leurs regards furent celles du Christ : De la mesure dont vous mesurez, il sera mesuré pour vous en retour, accompagnées de nombreuses exhortations du Christ à se confier dans la Providence paternelle de Dieu.

Cette feuille fut présentée par les courtisans au seigneur du lieu, le noble seigneur A. S. ; elle fut lue et interprétée par hasard par le docteur H. M., médecin de Leszno, alors présent, ainsi que par plusieurs autres témoins de cet événement. Le seigneur du lieu la conserva parmi ses objets précieux.

Que pourrait ici s’écrier Sion, accablée par l’inhumanité de l’ennemi, sinon :

Rends-leur selon l’œuvre de leurs mains, Seigneur ! (Lamentations 3, 64).

Dieu commença aussi à venger les injures faites à son peuple dès le quatrième jour, lorsque les assaillants, attaquant furieusement Kościan, petite ville située à quatre lieues de Leszno, furent repoussés à plusieurs reprises avec courage par la garnison suédoise, subirent de lourdes pertes — environ cinq cents des leurs manquaient à l’appel — et furent contraints de battre en retraite dans une grande confusion. Ils subirent des revers semblables à Kalisz et ailleurs, massacrés et mis en fuite par les Suédois. De sorte qu’ils semblent éprouver à peu près le même sort que Tilly autrefois après la destruction de Magdebourg, lorsque le Dieu des vengeances se montra le vengeur des siens. Et ils commencent eux-mêmes à reconnaître et à se reprocher mutuellement leur folie : les nobles, parce qu’ils avaient détruit leur propre marché et leur propre trésor ; les ecclésiastiques, parce qu’ils voyaient les choses tourner autrement qu’ils ne l’avaient projeté.Car leur intention était de détruire de fond en comble les hérétiques (comme ils les appellent) avec leur nid ; or maintenant ils voient bien que celui-ci a certes été ravagé, mais que ceux-là ont été sauvés, et cela les remplit plus de douleur et de rage que de joie.

Dieu en effet accomplit ici ce qu’il avait autrefois promis à Baruch :

Je te donnerai ta vie pour butin au milieu des ruines de ta patrie (Jérémie 45, 5).

Car il donna à tant de milliers de ses fidèles, arrachés à ce désastre, leur vie comme butin, imposant une limite à la fureur de Satan, qu’il ne put franchir ; pas autrement qu’autrefois lorsqu’il livra Job à celui-ci quant à ses biens, mais sans lui permettre de toucher à sa vie.

Que le nom du Seigneur soit béni.

Nous avons en vérité à chanter avec David :

N’eût été le Seigneur qui fut pour nous,
n’eût été le Seigneur qui fut pour nous
quand les hommes s’élevèrent contre nous,
alors ils nous auraient engloutis vivants
dans l’ardeur de leur colère contre nous.
Alors les eaux nous auraient submergés,
le torrent aurait passé sur nous,
le torrent de ces eaux impétueuses.
Béni soit Jéhovah,
qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents !
Notre âme s’est échappée comme un oiseau
du filet des oiseleurs ;
le filet s’est rompu,
et nous avons été délivrés.
Notre secours est dans le Seigneur,
qui a fait le ciel et la terre
(Psaume 124).

O admirabilis providentia Dei nostri ! quae tum servat, cum deseruisse videtur : tum vivificat, cum occidisse putatur. Periissemus certe nos, nisi periissemus. Periissemus vita, agglomeratis mox postea per majora longe agmina furiosis istis : nisi periissemus facultatibus nostris, ipso diffugio nostro (quod majora mala praecavens procuraverat, terrore isto immisso, paterna Dei providentia) illis in praedam objectis. Nomen Domini iterum iterumque sit benedictum. Nos interim tamen cum aliis adhuc afflictis, quos ubique gentium absorbere quaerit superbissimus iste Babylonicarum aquarum torrens, clamare non intermittemus : Quousque, Domine, irasceris populo Tuo? quousque ut ignis accendetur zelus Tuus ? ne recorderis, Domine, iniquitatum nostrarum antiquarum, cito praeveniant nos miserationes Tuae etc. (Psal. 79). Et cum animabus mactatorum hucusque propter verbum Dei jacentibus sub altari meriti Christi, propter cujus fiduciam mactamur : Usque quo, Domine, sancte et verax, non judicas et sanguinem nostrum vindicas, reposcendo eum ab iis, qui habitant in terra (Apocal. 6, v. 9. 10).

O admirable providence de notre Dieu ! qui protège quand tout semble nous avoir quittés ; qui fait revivre quand tout paraît perdu. Nous eussions certes péri, si nous avions péri. Nous eussions perdu la vie, broyés peu après par des forces bien plus nombreuses de ces furieux ; nous eussions perdu nos biens, jetés en proie à ces gens-là par notre fuite même (qui, pour prévenir un mal plus grand, avait été provoquée par la terreur semée — providence paternelle de Dieu). Que le nom du Seigneur soit béni encore et toujours.
Nous, cependant, avec d’autres encore frappés — que ce torrent superbe des eaux babyloniennes cherche partout à engloutir — n’abandonnerons pas notre cri :Jusques à quand, Seigneur, seras-tu irrité contre ton peuple ? Jusques à quand ta jalousie brûlera-t-elle comme un feu ? Ne te souviens pas, Seigneur, de nos anciennes iniquités ; que tes miséricordes viennent promptement au-devant de nous etc. (Psaume 79). Et avec les âmes de ceux qui, jusqu’ici, ont été immolés pour la parole de Dieu et reposent sous l’autel du mérite du Christ — en la confiance duquel nous sommes nous aussi immolés — nous crions : Jusques à quand, Seigneur, saint et véritable, tarderas-tu à juger et à venger notre sang, en le redemandant à ceux qui habitent sur la terre ? (Apocalypse 6, 9-10).


                   Portrait de Comenius en frontispice de ses Opera Didactica Omnia (1657)

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