C'est en lisant l'ouvrage d'Ève Menk -Bertrand : L’image de Vienne et de Prague à l’époque baroque (1650-1740). Essai d’histoire des représentations. Collection « Les Mondes germaniques », Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2008, que j'ai découvert ce long texte latin.
Rédigé au XVIIème siècle par un auteur dont nous ne connaissons que le nom, Martinus Czabanius Mitczinenus, la Descriptio honorificentissima nobilissimae atque amplissimae regiae urbis pragensis, Metropolis totius Bohemiae, est une sorte de guide décrivant la ville de Prague au XVIIème siècle.
Le texte est repris depuis le site Česká digitální knihovna (https://www.digitalniknihovna.cz/cdk) qui diffuse les pages scannées de l'édition de 1652.
Vue sur Prague depuis la tour d'observation de la colline de Petrin DaLiu-iStock
Urbem Pragensem describere non erat meum propositum, sed cum sit omnibus subditis amabilis et gratiosus Sacrae Caesareae Regiaeque Maiestatis, cum Serenissimae Reginae adventus, qui ad salutem totius inclyti Regni Bohemiae spectat, situsque non omnibus usquequaque peregrinis notus sit, placuit praestantiora, quae sine fraude omitti non possint, nempe : Urbis pulchritudinem scire cupientibus hoc meo operi inserere; alia, quae intacta ac illibata, relinquere ; tantum maiora ad praesens tempus, quam brevissimis passibus, patronis patefacere.
Praga primum velut a suis cunabulis assurgere coepit, cuius fundamenta dicitur iecisse Lybussa, iunior Croci filia, ingenio, ratione, sapientia, spiritu vatidaco excellentissima, cuius splendor velut nobilissimae gemmae per tot saeculorum saecula aetatesque lucet, omnibusque posteris commendata esse debeat. Quae excisis arboribus domum ligneam mirae altitudinis in monte Wissegrad ad fluvium aedificavit, vaticinia edidit ; de cuius nomine cum disceptaretur, iussit ex artificibus qui primus occurreret rogari quid ageret ? ac ex primo verbo vocari urbem. Interrogatus faber lignarius limen se agere dixit, quod Bohemice prah dicitur ; inde nomen inditum Praha est, quod multi coram ea caput inclinaturi essent, nempe Pragensi limine etiam magnos hostiles monarchas laeso pede terga vertisse, prout acta memorabiliora in historiis antiquis exposita testantur. Haec Primislao (aratore quidem sed culto viro) nupsit, ut possint disseminari subditi, recipi, foveri, promissa ad eam rem census remissione, aedificantibus civibus, a quibus gens Bohemicae nationis pullulavit. Deinde muro cincta tandem amplificata et ornata est a Duce Udalrico, anno 1108. Est autem Praga Regni Bohemiae metropolis, loco percommodo et amoeno sita, tanta magnitudine, tanta opportunitate loci, ut tres amplissimas civitates complectatur. Natura suis partibus longiusque laxa et amplificata, in Veterem, Novam et Parvam, harum unaquaeque suum habet senatum et iurisdictionem.
Décrire la ville de Prague n’était pas mon propos ; mais comme elle est aimable et chère à tous les sujets de la Sacrée Majesté Impériale et Royale, et puisque l’arrivée de la Sérénissime Reine, qui concerne le salut de tout l’illustre Royaume de Bohême, ainsi que la situation des lieux ne sont pas partout connus des étrangers, il m’a paru bon d’insérer dans cet ouvrage ce qui ne peut être omis sans faute, à savoir les traits les plus remarquables de la beauté de la ville pour ceux qui désirent la connaître ; le reste, intact et sans altération, je le laisserai de côté ; et, pour le moment présent, je ne découvrirai à mes protecteurs que les éléments principaux, en termes aussi brefs que possible.
Prague commença d’abord à s’élever pour ainsi dire dès son berceau ; on dit que ses fondations furent posées par Libuše, la plus jeune fille de Krok, femme éminente par son esprit, sa raison, sa sagesse et son don prophétique, dont l’éclat, semblable à celui d’une gemme très noble, resplendit à travers les siècles et doit être recommandé à toute la postérité. Après avoir abattu des arbres, elle fit construire une maison de bois d’une hauteur admirable sur le mont Vyšehrad, au bord du fleuve, et y prononça des prophéties. Comme on débattait du nom à donner à la ville, elle ordonna que l’on demande au premier artisan rencontré ce qu’il faisait, et que la ville fût appelée d’après le premier mot prononcé. Interrogé, un charpentier répondit qu’il façonnait un seuil, qui se dit en bohémien « prah » ; de là fut donné le nom de « Praha », parce que beaucoup s’inclineraient devant elle, et qu’au seuil pragois même de grands monarques ennemis, blessés au pied, ont tourné le dos, comme l’attestent des faits mémorables rapportés dans les anciennes chroniques.
Elle épousa ensuite Přemysl — simple laboureur, mais homme cultivé — afin que les sujets fussent rassemblés, accueillis et protégés ; elle favorisa cette entreprise en promettant des remises d’impôts aux citoyens bâtisseurs, d’où se développa la nation bohémienne. Plus tard, la ville fut entourée de murailles, puis agrandie et embellie par le duc Oldřich, en l’an 1108.
Prague est la métropole du Royaume de Bohême, située en un lieu très favorable et agréable, d’une telle étendue et d’une position si avantageuse qu’elle comprend trois très vastes villes. Par la nature de son site, largement ouvert et étendu, elle se divise en Vieille Ville, Nouvelle Ville et Petite Ville, chacune ayant son propre sénat et sa propre juridiction.
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