DE FELICITATE
FRAGMENTUM
Divitias ingentes plurimi maiorem in modum admirantur et non solum felicitatem, sed vitam quoque hanc nostram sine his paene nullam existimant. Quae opinio cum sit letalis et perniciosa, adeo tamen in animis vulgi invaluit, ut nihil audire aut velit aut possit. Nam, si quis adversus eam quippiam tentet, mox omnium et suffragiis condemnatur et sibilis exploditur. Modestiores sane in hac re plerique ex Peripateticis sunt, qui, etsi divitiis nonnihil tribuunt, vitam tamen beatam sola virtute effici posse confitentur. Ego vero affirmaverim divitias non tantum libidinum vitiorumque omnium, verum etiam calamitatum atque miseriarum fontem et originem esse neque improbabili, ut mihi videtur, ratione, si quis saltem haec nostra iudicio libero et nequaquam contentionis certaminisque avido evolverit. Difficile quidem est id, quod polliceor, praestare propter eorum multitudinem, qui pecuniam ante omnia quaerendam esse simul cum ipso matris lacte hauserint; erit tamen operae pretium errori, quo mortales imprimis laborant, pro viribus obviam ire et inveteratas has cupiditatum sentes, quae prorsus exstirpari et ex animo evelli non possunt, saltem temperare et ad modum mensuramque reducere, ut scilicet contenti mediocribus facultatibus et his, quae ad usum domesticum sufficiunt, quicquid superfluit, neque appetendum neque numerandum iudicent. Pauper etiam, cui necessaria quoque minime contingunt, ne propterea desperet, utpote facilius et beatius iter ad beatitudinem nactus, si tamen contemptis his, quae fortuna, ut dare, ita et auferre potest, se ipsum expendet et, ad quid natus sit, diligenter studioseque considerabit. Sed, quoniam nostra oratio circa hoc potissimum versabitur, ut ostenderemus neque divitias ad felicitatem conferre neque paupertatem impedimento esse, libet attingere philosophorum de summo bono sententias, non omnes, - id enim paene infinitum esset, - sed potiores, docereque, quicquid ex his tibi delegeris, nullum ad id consequendum in divitiis praesidium esse. Herillus omnia ad scientiam refert, qui etsi perpaucos astipulatores habet, concedamus tamen hoc ei, quando plerosque magni nominis viros scientiae gratia longe lateque peregrinatos novimus et totam aetatem in exquirendis occultis naturae causis traduxisse.
Num tandem dives aliquis profunde acuteque cogitare poterit et aut Anaxagorae homoeomeriam scrutari aut Platonis investigare numeros, qui villicos familiamque obstrepentem assiduo audit ? Cogitur hos messi, vindemiae faenisicioque praeficere, illorum negligentia, importunitate furtisque offendi, circa penum horreaque exigere nomina rationesque. Inter hasne sollicitudines ullum enitescet ingenium? Multis ait Annaeus Seneca ad philosophandum obstitisse divitias. Has Democritus non solum contempsisse dicitur, sed etiam oculos sibi effodisse, ne per visum earum a rerum latentium contemplatione avocaretur. Plato etiam unica villa eademque et deserta et pestilente delectatus est, ut videlicet libidinis impetu assiduis aegritudinibus fracto commodius philosophiae incumbere posset atque ut discipuli sui nullam praeter aurium voluptatem sentirent. Crates inter Thebanos proceres et dives et nobilis magnum auri pondus in mare proiecit. Neque enim putaverunt summi hi viri se et sapientiae et rei familiari simul vacare posse. Hoc eodem animo gravissimi quique philosophorum fuerunt. Xenocrates et Alexandri et Antipatri munera aspernatus est. Idem erat Diogeni Cynico pera, quod regibus diadema, qui veluti certabundus cum illis de veritate regni baculo vice sceptri gloriabatur. Apuleius non incelebris Platonicus gaudet sibi ab accusatore obiici paupertatem, crimen, ut ipse ait, et acceptum philosopho et ultro profitendum. Ipse innumeros vidi non tantum bonarum artium studiosos, sed etiam mirabili natura acerrimoque praeditos ingenio, quoniam locupletes erant, semper in imo haesisse. Neque enim hoc genus hominum unquam ad frugem alicuius excellentis doctrinae pervenire potest ; si qui tamen in tanto doctorum numero opulenti fuerunt, quibus fortasse meliore luto finxit praecordia Titan, hi ita possidebant divitias, ut magis audirent suas esse, quam scirent. Contra autem multi ex magnis deiecti fortunis in litteris clari evaserunt. lubam regem captivitas ex immundo et barbaro celeberrimum sriptorem reddidit. Et, ne semper vetera et nimium obsoleta loquar, quid tandem aliud Thomam Aquinatem, nisi amissio patris et patriae vastitas, ad summum et philosophiae et Christianae theologiae culmen perduxit? Taceo inopem illam doctorum turbam, quae se voto quoque ad paupertatem tolerandam obligavit, quando ipsos pictores, architectos, statuarios, marmorum sculptores ceterosque id genus inopia atque venter magister artis, ut ait Persius, ingeniique largitor claros fecerit, nisi putemus Polycletum, Apellem, Democratem, Lysippum inter opes deliciasque educatos ad tantam peritiam suarum artium pervenire potuisse .…
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La plupart des hommes admirent de façon excessive les immenses richesses, et ils pensent non seulement que le bonheur, mais presque la vie elle-même ne comptent pour ainsi dire pas sans elles. Cette opinion, quoique funeste et pernicieuse, s’est cependant si profondément enracinée dans l’esprit du peuple qu’il ne peut ni ne veut rien entendre. Car si quelqu’un tente de s’y opposer, il est aussitôt condamné par le jugement de tous et chassé à coups de sifflets.
La plupart des péripatéticiens sont plus modérés sur ce point : bien qu’ils accordent quelque valeur aux richesses, ils reconnaissent néanmoins que la vie heureuse ne peut être obtenue que par la seule vertu. Quant à moi, j’affirmerais que les richesses ne sont pas seulement la source et l’origine de tous les désirs et vices, mais aussi des malheurs et des misères, et cela selon une raison, à mon sens, impossible à désapprouver — du moins si l’on veut examiner ces choses avec un jugement libre et sans esprit avide de dispute ni de rivalité.
Il est certes difficile d’accomplir ce que je promets, en raison du grand nombre de ceux qui ont, pour ainsi dire, sucé avec le lait maternel l’idée qu’il faut avant tout rechercher l’argent. Cependant, l’effort en vaudra la peine : il s’agit de combattre, autant que possible, cette erreur dont les mortels souffrent avant tout, et de modérer ces ronces de convoitise, invétérées et impossibles à arracher tout à fait de l’âme, mais qu’on peut du moins adoucir et ramener à la mesure. Ainsi, contents de moyens médiocres et de ce qui suffit aux besoins domestiques, ils jugeront qu’il ne faut ni désirer ni même compter tout ce qui dépasse le nécessaire.
Le pauvre même, à qui manquent aussi les choses indispensables, ne doit pas pour cela désespérer, puisque, ayant méprisé ce que la fortune peut aussi bien donner qu’enlever, ayant trouvé un chemin plus facile et plus sûr vers le bonheur, se connaîtra lui-même et considérera avec soin et ardeur à quelle fin il est né.
Mais puisque notre discours portera principalement sur ceci — montrer que les richesses ne contribuent en rien au bonheur et que la pauvreté n’y fait pas obstacle —, il convient de rappeler les opinions des philosophes sur le souverain bien, non pas toutes (car cela serait presque infini), mais les principales, et de montrer que, quelle que soit celle que tu choisisses, les richesses ne peuvent en rien aider à l’atteindre.
Hérillus rapporte tout à la science ; et bien qu’il ait fort peu de partisans, accordons-lui cela, puisque nous savons que beaucoup d’hommes illustres, par amour de la science, ont voyagé au loin et ont passé toute leur vie à rechercher les causes cachées de la nature.
Maintenant, un homme riche, pourra-t-il jamais penser profondément et avec acuité, et examiner soit l’homéomérie d’Anaxagore, soit les nombres de Platon, lui qui entend sans cesse le vacarme de ses intendants et de toute sa domesticité ? Il est forcé de confier à ceux-ci la surveillance des moissons, des vendanges et des fenaisons ; d’être blessé par leur négligence, cruauté et leurs vols ; de vérifier les registres et les comptes de ses greniers et de ses provisions. Au milieu de ces soucis, quel esprit pourrait briller ?
Sénèque le dit : pour beaucoup, les richesses ont été un obstacle à la philosophie. Démocrite, non seulement, dit-on, les méprisa, mais encore se creva les yeux, de peur que la vue des choses extérieures ne le détournât de la contemplation des réalités cachées. Platon lui aussi se plut dans une unique demeure, à la fois solitaire et malsaine, afin, une fois les ardeurs du désir brisées par les maladies continuelles, de pouvoir se consacrer plus commodément à la philosophie et pour que ses disciples ne connussent d’autre plaisir que celui de l’ouïe.
Crates, riche et noble parmi les Thébains, jeta un grand poids d’or dans la mer. Car ces hommes éminents ne pensaient pas qu’on pût à la fois se consacrer à la sagesse et s’occuper de ses biens domestiques. Ce fut dans le même esprit que se comportèrent les plus considérables des philosophes. Xénocrate repoussa les présents d’Alexandre et d’Antipater.
Pour Diogène le Cynique, sa besace tenait lieu de diadème aux rois : rivalisant, pour ainsi dire, avec eux dans la recherche de la vérité, il se glorifiait de son bâton comme d’un sceptre royal. Apulée, platonicien renommé, se réjouissait qu’on lui reprochât sa pauvreté : un crime, disait-il, qui sied au philosophe et dont il doit même parler avec fierté.
Pour ma part, j’ai vu d’innombrables hommes, non seulement passionnés des nobles arts, mais encore doués d’un esprit admirable et d’un esprit très pénétrant, demeurer toujours dans les profondeursde la médiocrité, simplement parce qu’ils étaient riches. Car ce genre d’hommes ne peut jamais parvenir à la fécondité d’un savoir supérieur. Cependant, si parmi un grand nombre de savants, certains furent riches — ceux dont, peut-être, le Titan façonna le cœur avec une argile meilleure —, ils possédaient les richesses de telle manière qu’ils entendaient plutôt dire qu’elles étaient à eux qu’ils ne le savaient eux-mêmes.
À l’inverse, bien des hommes, déchus d’une grande fortune, sont devenus célèbres par leurs écrits. La captivité fit du roi Juba — barbare et inculte auparavant — un écrivain illustre. Et, pour ne pas toujours évoquer des faits anciens et par trop délabrés , qu’est-ce qui mena Thomas d’Aquin au plus haut sommet de la philosophie et de la théologie chrétienne, sinon la perte de son père et la ruine de sa patrie ?
Je passe sous silence cette multitude de docteurs indigents qui se sont liés aussi par vœu à la pauvreté volontaire ; car même les peintres, architectes, sculpteurs, tailleurs de marbre et autres artistes du même genre ont été rendus célèbres par le besoin et par la faim, ce « maître de l’art et dispensateur du génie », comme dit Perse. À moins que nous ne croyions que Polyclète, Apelle, Démocratès et Lysippe, élevés dans l’opulence et les délices, aient pu atteindre à une si haute perfection dans leurs arts.
Je passe sous silence cette foule indigente d’hommes savants, qui se sont même engagés par vœu à supporter la pauvreté, puisque ce sont bien la misère et la faim — ce maître de l’art, comme le dit Perse, et ce dispensateur du talent — qui ont rendu célèbres les peintres, les architectes, les statuaires, les sculpteurs sur marbre et les autres de ce genre ; à moins que nous ne pensions que Polyclète, Apelle, Démocrite ou Lysippe, élevés dans l’abondance et les délices, aient pu parvenir à une si haute maîtrise de leurs arts ...
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Son œuvre poétique
Bohuslav Hasišteinský z Lobkovic est aujourd'hui considéré comme le plus grand poète en langue latine de la Bohème renaissante (cf H. Jechova-Voisine et J. Voisine, Poésie latine en Bohème, Cultures d'Europe centrale, numéro hors-série, Paris, 2002, p. 13). Mais sa renommée était déjà considérable au XVIème siècle, comme en témoigne ce poème d'hommage composé par Kašpar Cropacius (1539-1580).
In carmina Bohuslavi Baronis Hassentaini
Sacra Bohuslai lecturus carmina vatis,
quisquis es, ingenii dona beata vide.
Toi qui que tu sois, prêt à lire les chants sacrés du poète Bohuslav,
vois les dons bienheureux de son génie.
Il fut illustre par l’éclat de sa naissance et par sa vertu,
puissant à la fois dans la langue du Latium et dans celle des Grecs.
Il contempla au loin des peuples et des cités étrangères :
si l'on y regarde bien, il était un nouvel Ulysse.
Ni l’amour dément ni les honneurs ne le corrompirent ;
il fut le serviteur d’une simplicité sincère.
Seul, il introduisit dans sa patrie les Muses et les arts,
rivalisant, terre d’Italie, avec tes propres talents.
Et ces arts fleurissaient, alors que les sources s’éteignirent,
celles qu’avait fait jaillir le sabot du cheval de Bellérophon.
De son vivant, elles fleurissaient ; après sa mort, elles s’éteignirent aussi,
là où l’Elbe rapide étend ses eaux transparentes.
Que les dieux veuillent qu’en notre temps naissent de tels seigneurs,
que la terre de Bohême porte en son sein avec amour.
Ad Balbum
Cultorem nemorum, cultorem dicis agrorum :
cultor sum nemorum, Balbe, sed haud scelerum.
Nec mirum est odisse nemorum, cui, quicquid amici
donarunt homines, abstulerant nemora.
Tu m’appelles cultivateur des bois, cultivateur des champs :
je suis cultivateur des bois, Balbus, mais non des crimes.
Et il n’est pas étonnant que tu haïsses les bois, toi à qui,
tout ce que t’avaient donné tes amis, les bois l’ont pris.
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De virgilio
Quem sobole e gemina fructum quaesivit Homerus,
hunc habet ex una Virgilius sobole.
Ce fruit qu’Homère chercha dans une double descendance,
Virgile le possède en une seule postérité.
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Ad quattuordecim auxiliatores
Angelicis veneranda cohors sociata catervis,
quae bis septeno nomine templa tenes,
accipe pauca, precor, iucundo carmina vultu,
quae tibi militiae pars dicat una tuae.
Confer opem misero, pelago quia iactor et undis
nostraque nescio quis carbasa ventus agit.
Tu potes et tumidi fluctus mulcere profundi,
frangere Boreae murmura rauca trucis.
Tu sanas claudos, tu caecis reddere lumen,
sermonem mutis eloquiumque soles.
His quoque nunc laqueis et inanibus eripe curis
me, tua qui pura numina mente colo.
Excute corde meo terrenae pondera molis,
excute Tartarei semina cuncta gregis
nec falli inferni patiaris fraude tyranni
nec sine nos Strygii tangere regna lacus.
Non ego Iudaeae, non Turcae gentis alumnus
non qui contemnam iussa verenda patrum,
sed fidei (scelerum plenus licet) eius amator,
quam pastor Latius Christicolaeque probant.
Da mihi sidereos animo lustrare recessus,
da menti geminos scandere posse polos.
Dirige, dum vivo, nostros super aethera gressus,
o portus vitae perfugiumque meae.
Spiritus at noster fessos ubi liquerit artus,
aeternos videat te tribuente Lares.
Vincula solve, quibus teneor, duramque cathenam,
qua premor, atque iugum, quod mea colla gravat.
Quicquid habent culpae mea pectora, quicquid iniqui,
auxilio a nobis sit procul, oro, tuo.
Ambitio fugiat cedatque superbia melle
tincta, sed horrendum sub cute virus habens.
Ira procul Venerisque faces livorque facessat
et quaecunque animae perniciosa meae.
Fac, vigeant sensus nostri duretque pusillum
ingenium atque omnis corpore languor eat.
Adsint divitiae, non vani causa tumoris,
sed quae dent requiem maestitiaque levent.
Denique stelliferum quicquid deducit ad axem,
adsit,sed fugiat, quicquid ad ima trahit.
Tunc tibi grandiloquo nos grates carmine agemus
et dabimus templo thura Sabaea tuo.
Aux Quatorze Saints Auxiliaires
Vénérable cohorte unie aux troupes angéliques,
toi qui, sous quatorze noms deux fois sept, habites les temples,
reçois, je t’en prie, ces modestes chants avec un visage bienveillant,
qu’un membre de ta compagnie t’adresse en don.
Porte secours au malheureux que je suis,
car je suis ballotté sur la mer et par les flots,
et je ne sais quel vent agite nos voiles.
Tu peux apaiser les vagues enflées de l’abîme,
briser les rudes murmures du farouche Borée.
Tu guéris les boiteux, tu rends la lumière aux aveugles,
tu rends la parole aux muets et le don de l’éloquence.
Arrache-moi aussi maintenant à ces liens et à ces vaines inquiétudes,
moi qui vénère tes saintes puissances d’une âme pure.
Ôte de mon cœur le poids de la masse terrestre,
ôte toutes les semences de la horde infernale.
Ne permets pas que je sois trompé par la ruse du tyran des enfers,
ni que je touche sans toi les royaumes du lac du Styx.
Je ne suis ni enfant de la Judée, ni issu du peuple turc,
ni de ceux qui méprisent les ordres vénérables des Pères,
mais (bien que plein de fautes) un amant de la foi
que reconnaissent le pasteur latin et les fidèles du Christ.
Accorde-moi de parcourir en esprit les retraites célestes,
accorde à mon âme de gravir les deux pôles du ciel.
Guide mes pas, tant que je vis, au-dessus de l’éther,
ô port et refuge de ma vie.
Et lorsque mon esprit aura quitté mes membres fatigués,
qu’il contemple, par ton don, les demeures éternelles.
Délie les chaînes qui me retiennent, la dure entrave
qui m’écrase, et le joug qui pèse sur mon cou.
Tout ce que mes entrailles portent de fautes,
tout ce qui est injuste, éloigne-le de moi par ton secours.
Que fuient l’ambition et l’orgueil,
mielleux en apparence, mais cachant sous la peau un poison affreux.
Que s’éloignent la colère, les torches de Vénus et l’envie,
et tout ce qui est funeste à mon âme.
Fais que mes sens soient vifs, que dure mon faible esprit,
et que toute langueur quitte mon corps.
Que viennent les richesses, non pour une vaine enflure,
mais celles qui donnent le repos et soulagent la tristesse.
Enfin, que tout ce qui conduit vers l’axe étoilé soit présent,
et que fuie tout ce qui entraîne vers les abîmes.
Alors, d’un chant solennel, nous te rendrons grâce,
et nous offrirons à ton temple l’encens de Saba.
De natali Domini
Sidus e claro veniens Olympo,
Virgo quod nobis peperit sacrata,
orbis illustrat spatium rotundi,
nobile lumen.
Protulit nobis mulier salutem,
Filium summi Patris ediditque
et Deum mater genuit pudica
virgoque mansit.
Qui maris terraeque hominumque coetum
temperat laxatque datas habenas,
quo nihil maius generatur ipsi et
nascitur orbi,
illius laudes pueri sonabunt,
carminum necnon moduli suaves.
Vocibus laetis feriamus et nos
astra polorum.
De la Nativité du Seigneur
L’astre, descendant du clair Olympe,
celui que la Vierge consacrée nous a donné,
éclaire l’étendue du monde,
noble lumière.
Une femme nous a apporté le salut,
elle a enfanté le Fils du Père très-haut,
et cette Mère pudique a mis au monde Dieu
tout en demeurant vierge.
Celui qui gouverne la mer, la terre
et l’assemblée des hommes,
qui relâche ou tient les rênes qu’il a données,
et duquel rien de plus grand ne naît
dans l’univers,
de son fils les louanges retentiront,
et aussi les douces cadences de nos chants.
jusqu'aux étoiles des pôles.
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Ad Sanctum Venceslaum elegia
Quid facis, o columen nostrum patriaeque labantis ?
Quid facis, aetherei lumen honorque Laris ?
An te forsan habent Letheae oblivia ripae
excidimusque animo nos, tua turba, tuo ?
Aequoris in medio cur nos, pater optime, fessos
deseris assuetum paresidiumque negas ?
Aspicis, ut tendat picei frenator Averni
mille tuo populo retia, mille plagas,
aspice, quam late ventosa superbia regnat,
despicit ut fastu cetera cuncta truci.
Invidia livent proceres cum paupere vulgo
tinctaque vipereo spicula felle gerunt.
Detinet ira ferox plebem vindictaque votum est
omnibus et magni creditur esse viri.
Vivitur ex spoliis, nulla est concordia fratrum,
nummus honoratos egregiosque facit.
In miseros passim iuvenes miserasque puellas
tela pharetratus flammea iactat Amor.
Dicere blanditias dominae, gestare corollas
dedecus annosus non putat esse senex.
Segnities multis atque otia sola probantur
et gravior Stygiis est labor omnis aquis.
Pluribus est venter curae Bacchoque ciboque
distendi vitae praemia summa putant
Cretaque quicquid habet, quicquid Chios aspera vini
sufficit illorum vix satiare gulam.
Religio nulla est, superi caelumque putatur
fabula nec pueri iam Phlegethonta timent.
Hos inter fluctus semper iactamur et undas
auraque nescio que lintea nostra vehit.
Nos inter scopulos agimur moderamine nullo
nec Tiphys nobis nec Palinurus adest.
Sed tu lentus abes nec nostra pericula curas,
qui spes e nostri perfugiumque chori.
Saucia sunt nobis Erebeis membra sagittis
vulnera nec medica nostra foventur ope.
Te quondam in niveo (si vera est fama) caballo
externas acies, dive, fugasse ferunt.
Terrenas acies terrenaque castra fugare
si potes, hos hostes nunc quoque pelle, precor.
Detege Tartarei fraudem serpentis et astum,
detege conatus insidiasque suas.
Te pietas moveat, te denique vota tuorum,
te flectant humiles, dux venerande, preces.
Da veram pacem tranquillaque tempora nobis,
sit tuba, sint litui, sint fera bella procul.
Sit procul omne animi vitium pestisque recedat
corporis et mentem si qua venena tenent.
Fac curent patriam proceres maiorque potestas
rex, qui Pannonici nunc colit arva soli.
Pareat imperio populus, mandata senatus
observet, nulli noxius esse velit
vanaque religio peregrinaque sacra facessant,
agnoscat Latius pastor ovile suum.
Cessent letiferi motus cessentque tumultus,
per quos iam patriae corruit omne decus.
Si tua te soboles cunctis venerabitur annis
et dicet patrem tempus in omne pium.
Que fais-tu, toi seul rempart et soutien de la patrie,
toi, lumière et gloire du ciel ?
As-tu enterré notre souvenir dans les eaux du Léthé ?
Ne sais-tu plus que nous sommes ta descendance, ton peuple ?
Pourquoi, cher père, nous abandonnes-tu au cœur de la tempête,
et détournes-tu le salut habituel des faibles ?
Vois comme d'innombrables despotes des abysses
tissent des pièges et blessent ton peuple !
Vois jusqu'où s'est étendu le fléau du vent,
comment les arrogants, alentour, scrutent tout du regard !
Les pauvres, grisonnants d'envie envers les riches,
portent des flèches trempées dans la bile du lézard.
Un ressentiment tenace a enchaîné le peuple ; les cœurs brûlants de vengeance
prétendent être des hommes grands par nature.
Le peuple vit de vols, l'harmonie n'existe plus entre frères ;
le mal enrichit les sérieux et les précieux. Le dieu ardent de l'amour lance
des flèches sur les jeunes gens et les jeunes filles,
et décoche sa flèche. Pour
le nanti, raconter des histoires flatteuses et tresser des couronnes pour les dames
ne lui fait pas honte.
Seuls le luxe et l'oisiveté lui plaisent ;
le travail est perçu comme un fardeau.
Se gaver de nourriture et s'enivrer de vin
est le plaisir suprême et le but ultime de beaucoup.
Bien que Chios et la Crète montagneuse produisent beaucoup de vin,
cela suffit à peine à leur gloutonnerie.
Ils n'ont pas la foi ; le ciel, dieu légendaire, n'est qu'une légende pour eux
Le petit coquin ne craint plus l'enfer avec nous.
Ainsi sommes-nous ballottés par les vagues et les tourbillons,
sans savoir quel vent porte notre navire.
Nous sommes poussés vers des rochers escarpés sans guide ni rame,
ni Typhys ni Palinure ne dirigent notre navire.
Ignoreriez-vous ces malheurs et abandonneriez-vous votre tribu,
alors que vous êtes notre seul bouclier et notre seul protecteur ?
Nos blessures, infligées par la flèche du diable,
ne peuvent plus être guéries par le médecin.
Toi, élu de Dieu, tu apparaissais parfois sur la lance, et,
comme le raconte la légende, tu repoussais les étrangers.
Si alors il était possible de chasser l'armée terrestre,
chasse maintenant les meurtriers les plus redoutables de ta patrie, nous t'en prions !
Déjoue les pièges du lézard du paradis,
révèle le plan, le complot et la ruse de son destructeur !
La confiance de ton peuple t'anime, et dans l'humble supplication,
recoure à nous, notre prince et voïvode !
La paix est éternelle et heureuse, des temps paisibles viendront à nous.
Que le son des trompettes et les batailles sauvages soient loin !
Que tous les troubles mentaux et les maladies physiques soient guéris,
que le poison qui empoisonne soudainement les âmes humaines soit éradiqué.
Et jadis, les seigneurs reprendront possession de leur patrie, et un
roi plus grand accédera au pouvoir, lui qui règne maintenant dans la région du Danube.
Que le peuple obéisse à son sceptre, qu'il épargne les ordres des
administrateurs royaux et qu'il ne soit plus une pierre d'achoppement pour personne.
Que l'erreur de la foi soit oubliée, ainsi que le service indigne de Dieu,
et que les brebis saintes et fidèles soient de nouveau reconnues comme Père !
Que cessent les querelles et les tempêtes destructrices dans la nation ;
car par elles périt toute la gloire de la patrie !
Alors nous, les descendants, nous te glorifierons à jamais, Père,
alors nous t'appellerons l'héritier de notre patrie !
(traduction donnée par la version française de Wikisource tchèque)

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