František Pražský est un écrivain dont la vie nous est presque complètement inconnue. On ne sait où il naquit, et ses dates sont imprécises (vers 1290, vers 1360). Il fut membre du clergé de la cathédrale Saint Guy de Prague, étudia probablement à Prague, voyagea et étudia à Rome dans les années 1320. L’évêque Jean IV de Dražice le chargea de continuer l’écriture des Chronica Bohemorum. František Pražský s’acquitta de sa tâche en s’inspirant de Chroniques antérieurs, notamment celle de Pierre de Zittau et de Zbraslav, pour la période allant jusqu’en 1343 ; puis, il rédigea la décade 1343-1353.
Les critiques furent souvent sévères et injustes envers František Pražský. Son oeuvre est certes une commande, dédiée à l’évêque et au roi Charles IV, mais elle est plus complexe et plus riche qu’il n’y paraît. Les extraits que nous avons choisis éclairent les arrière-plans politiques et idéologiques de l’époque, mais aussi l’usage religieux et moral que son temps faisait de la science, en particulier l’astronomie.
Toutes ces pages sont extraites du livre III de la Chronique, et concernent les débuts du règne de Charles IV, de la mort du roi Jean son père à la mort de la reine Blanche de Valois.
Edition utilisée : Edition utilisée : Fontes rerum Bohemicarum (Prameny dějin českých), Nová řada I. díl. Ed. Jana Zachová, Praha 1997.
Dans ce chapitre XI l'auteur installe un des thèmes favoris du livre III : à l'ancien Roi Jean IV que tout désigne comme incompétent (sa violence, sa cécité, les phénomènes atmosphériques …) va enfin succéder un nouveau roi, le futur Charles IV. Plus qu’un texte historique, la chronique médiévale est souvent une prise de position morale, ou moralisante la distinction n’ayant pas de sens à l’époque. A noter le départ de Jean IV, parti prêter main forte aux Français dans la Guerre de Cent ans.
Qualiter rex Boemie Prusiam secunda vice iverit et de coronacione nove regine.
Anno Domini MCCCXXXVII° rex Boemie mitigata cum ducibus Austrie discordia dampnosa de Praga cum suo filio primogenito exiens Wratyslaviam venit, ubi a populo pecunia magna graviter extorta et recepta et copiosa principum et nobilium multitudine de diversis terris congregata cum direccione fratrum Cruciferorum de domo Theutonica in Prusiam processit contra Litwanos viriliter pugnaturus. Et quia yemis lenitas non permisit aquas congelari et paludes, igitur frustratie spe belli ex aeris qualitate, non magna adepta utilitate ad propria redierunt. Verumtamen Henricus, dux Bauarie, gener regis, cum aminiculo principum aliorum municionem bonam cum fossatis in terminis paganorum potenter construxit, in qua milites et viros strenuos ad duos annos preparatis necessariis collocavit, ut ipsos frequenter infestarent et in futuro christianis venientibus aditum prepararent. Reversus vero rex passus est oculorum defectum, querens auxilium medicorum ab uno Gallico et altero de Arabia pagano, est per medicinas eorum excecatus : Gallicus fuit insaccatus et submersus, alteri idem factum fuisset, sed per regem prius fuit assecuratus.
Hoc anno XIII Kalendas Marcii Lune fuit eclipsis.
Eodem tempore Beatrix, nova regina, Prage peperit filium suum primogenitum et baptisatus fuit Wenceslaus vocatus. Et multi prefatam reginam non diligebant.
Et eodem anno XV Kalendas Iunii dicta regina in ecclesia Pragensi a prefato domino Iohanne episcopo eiusdem ecclesie, cum tanta celebri solempnitate sicut in coronacionibus fieri consuevit, corona regni Boemie coronatur sine corona et absque regalibus ornamentis rege in divinis assistente. Subsequitur post hoc officium Prage convivium sumptibus moderatum. Et omnis populus plus letatur de huius regine recessu quam eius adventu, nam in ipsius presencia aliquociens civitas Pragensis in partibus diversis fuit concremata et alia multa adversa fuerunt perpetrata, que propter dictam reginam facta fuisse omnia asserebant. Unde in recessu ipsius post ipsam clamantes eam maledicebant, et omnes plus salutem et prospera optantes domine Blancze marchionisse.
Et quia dicit auctoritas : Qui sibi nequam, cui bonus ?, ipse rex in malicia radicatus et falsa opinione deceptus, ne primogenitus filius suus ipsum in regno impediret, pluries ipsum misit contra paganos et contra alios principes sibi adversantes pugnaturum, favens sibi de vita sicut quondam rex David Urie. Et quia dominus marchio prefatus nil penitus de pecunia prohibente patre de regno Boemie percepit, solo sine re titulo fretus, cogitur a Venetiis et ab aliis civitatibus Lombardie stipendia recipere militaria et sibi sueque familie ex hoc de necessitatibus providere. Et licet paterna caruerit promocione, tamen ab aliis munera copiosa obtinuit tam temporalis quam spiritualis benediccionis in tantum, quod omnis qui eum noscit, nacio benedicit. Pater vero eius propter plurima acta nepharia malediccionem incurrebat.
Eodem anno mense Iulio stella comata, que dicitur cometa, in plaga septemtrionali prope polum apparuit arcticum, que plus quam per mensem duravit. Quam stellam precesserat siccitas et calliditas destruens fere omnes segetes et herbas, subsequitur quoque inopia bladi et vini in multis terris.
Eodem tempore Philippus, rex Francie, nunciis et litteris bellum futurum adversus regem Anglie regi Boemie intimavit, asserens se ipsius presencia plurimum indigere. Qui prius cum Luduico Bavaro tribus diebus colloquio habito ad regem Francie pervenit cum eo contra predictum regem pugnaturus. Luduicus vero Bavarus regi Anglie auxilium proposuit afferre, unde in tota Franconia et in terris adiacentibus gens contra gentem surrexit. Benedictus vero papa misit a latere duos cardinales, ut inter predictos reges concordiam ordinarent. Hiis temporibus propter grave et intollerabile iugum, quod rex Boemie propter frequentes exacciones civitatibus et monasteriis prius imposuit et absens imponere non desistit, religiosorum ac civium universorum viluit et destructus est status et fere usque ad ultimum exterminium pervenit.
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Chapitre XI
Comment le roi de Bohême alla pour la seconde fois en Prusse et de la couronnement de la nouvelle reine
L’an du Seigneur 1337, le roi de Bohême, après avoir apaisé avec les ducs d’Autriche un conflit dommageable, quitta Prague avec son fils aîné et se rendit à Wrocław. Là, une grande somme d’argent fut durement soutirée au peuple et perçue, et une nombreuse multitude de princes et de nobles, rassemblés de diverses terres, se joignit à lui. Sous la conduite des frères Croisés de la maison Teutonique, il s’avança en Prusse, décidé à combattre vaillamment les Lituaniens.
Mais comme la douceur de l’hiver n’avait pas permis aux eaux et aux marais de geler, leurs espérances de guerre furent déçues par les conditions climatiques ; ainsi, n’ayant obtenu que peu d’avantages, ils retournèrent dans leurs pays.
Toutefois, Henri, duc de Bavière, gendre du roi, avec l’aide d’autres princes, construisit puissamment une bonne forteresse avec des fossés sur les frontières des païens. Il y plaça pour deux ans des chevaliers et des hommes vaillants, pourvus des choses nécessaires, afin de les harceler fréquemment et de préparer à l’avenir un accès aux chrétiens qui viendraient.
De retour, le roi fut frappé d’une affection des yeux. Cherchant l’aide des médecins, l’un français et l’autre païen d’Arabie, il fut rendu aveugle par leurs remèdes. Le Français fut cousu dans un sac et noyé ; le même sort aurait été réservé à l’autre, mais il avait auparavant été mis en sûreté par le roi.
Cette année-là, le treizième jour avant les calendes de mars, il y eut une éclipse de lune.
Au même moment, Béatrice, la nouvelle reine, enfanta à Prague son fils aîné, qui fut baptisé et nommé Venceslas. Et beaucoup n’aimaient pas la reine .
Et la même année, le quinzième jour avant les calendes de juin, ladite reine fut couronnée dans l’église de Prague par le seigneur Jean, évêque de cette même église, avec une solennité aussi grande que celle qui se pratique d’ordinaire lors des couronnements. Elle fut couronnée de la couronne du royaume de Bohême sans porter la couronne et sans les ornements royaux, tandis que le roi assistait aux offices divins.
Après cette cérémonie, un banquet eut lieu à Prague, d’un faste modéré. Et tout le peuple se réjouit davantage du départ de cette reine que de son arrivée, car durant sa présence la ville de Prague fut, à plusieurs reprises, incendiée en divers quartiers, et bien d’autres malheurs furent commis, que l’on affirmait tous avoir été causés à cause de ladite reine. Aussi, lors de son départ, ceux qui la suivaient en criant la maudissaient, et tous souhaitaient plutôt salut et prospérité à dame Blanche la margravine.
Et parce que l’autorité dit : « Celui qui est mauvais pour lui-même, pour qui serait-il bon ? », le roi lui-même, enraciné dans la malice et trompé par une opinion fausse, de peur que son fils aîné ne lui fasse obstacle dans le royaume, l’envoya à plusieurs reprises combattre tant contre les païens que contre d’autres princes qui lui étaient opposés, favorisant son maintien en vie comme jadis le roi David celui d’Urie. Et puisque ledit seigneur margrave ne reçut absolument aucun argent du royaume de Bohême, son père l’en empêchant, ne s’appuyant que sur son seul titre sans revenus, il fut contraint de recevoir des soldes militaires de Venise et d’autres cités de Lombardie, et de pourvoir par ce moyen aux nécessités de sa vie et de celle de sa famille.
Et bien qu’il fût privé de toute promotion paternelle, il reçut cependant de la part d’autres des dons abondants, tant de bénédictions temporelles que spirituelles, à tel point que quiconque le connaît bénit sa lignée. Son père, au contraire, à cause de nombreux actes scélérats, encourait la malédiction.
La même année, au mois de juillet, une étoile chevelue, appelée comète, apparut dans la région septentrionale, près du pôle arctique, et dura plus d’un mois. Cette étoile avait été précédée d’une sécheresse et d’une chaleur accablante qui détruisirent presque toutes les récoltes et les herbes ; elle fut suivie aussi d’une pénurie de blé et de vin dans de nombreuses terres.
Au même moment, Philippe, roi de France, par des messagers et des lettres, notifia au roi de Bohême la guerre prochaine contre le roi d’Angleterre, affirmant avoir grand besoin de sa présence. Celui-ci, après avoir tenu auparavant une entrevue de trois jours avec Louis de Bavière, rejoignit le roi de France pour combattre avec lui contre ledit roi. Louis de Bavière, quant à lui, proposa d’apporter son aide au roi d’Angleterre ; de là naquit, dans toute la Franconie et les territoires voisins, un soulèvement d’un peuple contre un autre.
Le pape Benoît, pour sa part, envoya deux cardinaux comme légats, afin d’établir la concorde entre les rois. En ces temps-là, à cause du joug lourd et intolérable que le roi de Bohême, par ses exactions fréquentes, avait d’abord imposé aux villes et aux monastères, et qu’il ne cessa pas d’imposer même en son absence, la condition de tous — religieux comme citoyens — fut rabaissée et ruinée, et l’on en vint presque à un anéantissement total.
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